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Vieillir !

Bien que chaque instant soit l'assassin du précédent, comme nous vivons au présent, la démarcation entre jeunesse, âge mûr et vieillesse n'est pas aussi marquée et claire qu'on peut le penser.

Dans mon esprit je suis longtemps resté "jeune" y compris pour ce qu'on peut considérer comme primesautier et futile, à tel point qu'à une époque de ma vie je m'étais laissé pousser barbe et moustache parce que le miroir me renvoyait une image que je trouvais toujours trop enfantine, même à la quarantaine. Un peu comme si le temps m'avait oublié !

Je suis resté dans cette impression sans plus lui accorder d'importance après avoir trouvé ce subterfuge; et la vie s'est écoulée avec ce qui en marque les étapes : départ des enfants de la maison pour vivre leur propre vie, changement de carrière professionnelle.

 

Oh ! Bien sûr, quelques signes annonciateurs auraient dû me mettre la puce à l'oreille : J'avais noté sans plus, ces jeunes qui venaient me trouver au magasin, moins pour acheter des produits HiFi au dessus de leurs moyens que pour me faire parler technique. Et tandis que je les tutoyais comme des copains ou comme des jeunes de l'âge de mes enfants, ils s'étaient mis avec beaucoup de politesse, surprenante,  à me répondre par le voussoiement.

 

C'était là une première étape, mais je n'y ai pas prêté vraiment attention. La suivante a été de la part de mes clients, quand je les livrais et installais leurs matériels, qui commencèrent à tenir à me donner un coup de main pour rentrer les enceintes ou d'autres matériels volumineux ou lourds. Quelques années plus tard, les métiers de la véritable haute fidélité et de la musique, après avoir été assassiné par les Darty et autres FNAC ou Virgin, disparaissaient quasiment et vous seriez bien en peine aujourd'hui de trouver une vraie chaîne de qualité avec des enceintes équivalentes à des "Cabasse" de l'époque, ou "J.M. Reynaud" ou même de simples"Triangle" ! Vous auriez du mal à vous procurer un véritable ampli délivrant 100 ou 150 W RMS alors que trouver une petite merde en plastique délivrant plus de distorsion par écrêtage que de puissance réelle (la puissance "musicale" comme disent les imbéciles et les voleurs,) est aisé et bon marché, mais qu'avec ce genre de petit merdier vous êtes sûr de casser vos enceintes en quelques écoutes si vous aimez la musique, la vraie, à un niveau décent.

 

Tout ce développement pour expliquer que je me suis mis à mon compte dans une autre branche en 1994, technique évidemment aussi, et sinon débutante parce que gamin je posais déjà des antennes de télévision en 1960; nouvelle quand même à cause de la réception satellite et des chaînes à péage dont j'étais distributeur depuis 1984.

 

Il y a une énorme différence entre l'antenne râteau même distribuée sur un collectif, et l'antenne satellite, surtout qu'en ce temps là pour ces derniers, la présence de deux bouquets concurrent (Canal Sat et TPS) obligeait à distribuer les quatre bandes et polarités de deux satellites distincts situés à six degrés l'un de l'autre. Je ne suis pas sûr que ça intéresse qui que ce soit de donner ces détails, mais c'est pour justifier du besoin de tirer huit câbles des têtes de réception jusqu'aux appareils de commutation ou de remodulation. Du besoin aussi, pour les collectifs au moins, de monter des paraboles en fibres de 90 cm de diamètre et des systèmes de fixation correspondant sur des toitures parfois (souvent) pas équipées d'un accès dont même la diagonale permette de passer de tels engins. Sur une résidence d'Enghien j'ai dû descendre un câble de nylon depuis chaque toît (cinq immeubles) jusqu'au sol, de redescendre y attacher la parabole et de monter ça le cul sur les tuiles, les talons dans les gouttières, sans la moindre sécurité jusque la fixation que j'avais préalablement installée.

 

Si j'insiste sur la dureté physique de ce métier, et surtout pour un artisan solitaire, c'est qu'elle a été à l'origine de réflexions préalables ou postérieures sur mes capacités "pour mon âge" ! Il faut imaginer que quand j'ai démarré cette activité là j'avais cinquante ans, les cheveux blanchissants et que, bien évidemment, ces marchés de collectifs (horizontaux ou verticaux,) se décrochent lors d'assemblées générales où la concurrence se succède et utilise, souvent, des arguments risqués. Par exemple l'engagement d'une intervention dans les 48 heures en cas de problème, moyennant une prime par prise représentant une rente durable. Bien entendu je savais que mon existence en tant qu'entreprise serait de dix ou quinze ans au tout départ, je ne pouvais pas m'engager dans ce genre de deals, surtout au bout de quelques années, alors que je travaillais seul avec les risques que ça comporte. Mes confrères payèrent très cher cet engagement lors de la tempête de 1999 qui arracha les antennes, paraboles et beaucoup de toits !

 

Mais il m'est arrivé de recevoir des commandes, même de particuliers qui représentaient 60% de mon C.A, disant à mon épouse préposée aux téléphone : "Ah bon, c'est le monsieur aux cheveux blancs qui va venir ?" Et je vous passe les gens qui, me voyant dresser contre leur maison ma grande échelle trois panneaux de 10 m 40 dépliée, qui rentraient en disant : "Je préfère ne pas regarder !"

N'empêche que, en 2004, alors que j'étais empêché de travailler par une fracture du calcanéum, une copropriété dans laquelle la chute d'un arbre avait abattu les antennes posées sur un pylône de douze mètres, avait tenté d'obtenir une réparation auprès de différents collègues que je leur avais indiqués. Aucun n'a accepté de venir faire ça autrement qu'à l'aide d'une nacelle, ce qui, au prix du travail et du matériel, ajoutait l'équivalent aujourd'hui de mille euros environ. Ils ont donc attendu quatre mois que je sois plus ou moins sur pied pour me redemander de venir réparer leur installation en escaladant le pylône, un copain collègue à qui je rendais souvent des services "acrobatiques" est venu m'attacher les antennes, coupleurs et autres accessoire et outils (mesureur de champs pour le pointage) au bout d'une corde après que j'aie ôté les morceaux brisés de l'ancienne antenne ! Et, le croiriez-vous, pas un seul  représentant de la copropriété n'est venu me saluer avant que tout soit fini et en ordre, parce que : "Ils étaient quand même un peu gênés de demander ça à un homme de mon âge !"

Eh bien voilà qui sabote le moral jour après jour jusqu'au moment où ça devient trop et à 64 ans j'ai arrêté les frais convaincu qu'avec en face de moi une clientèle aussi "jeuniste" mon avenir professionnel était très limité. C'est vrai qu'aujourd'hui j'ai les genoux en capilotade et une récente expérience sur une piste de ski m'en a convaincu, surtout que la nana des forfaits à laquelle je tendais des espèces m'a soudain demandé : " Mais vous avez quel âge ?"  Moi : "Soixante treize ans pourquoi ?" Elle: "Parce que c'est gratuit à partir de soixante dix ans !" Et après une montée en tire-fesse et une descente j'ai compris que je ne trouverais pas d'autres seniors pour me tenir compagnie* !

 

N'empêche, laissez les gens prendre conscience de leur âge et de leurs possibilités par eux-mêmes, sans les humilier avec vos recommandations. Personne ne prend plaisir à subir ce que les jeunes, nos enfants compris, croient être des conseils de bon sens qui sont comme autant d'insultes faites à la fois à notre intelligence et à notre physique. Certes on ne peut pas en faire autant à soixante dix ans qu'à vingt ou cinquante, mais croyez bien que nous sommes assez intelligents pour savoir jusqu'où nous pouvons aller.

 

*Si je n'ai pas fait plus d'une descente, c'est que la chaussure de ski gauche qu'on m'avait louée m'a démoli l'ongle du gros orteil gauche qui s'est avéré extrêmement douloureux dès l'attaque en descente

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