Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog


Stress au travail: les syndicats mettent en cause l'organisation du travail
"Société Stress au travail: les syndicats mettent en cause l'organisation du travail

PARIS (AFP) - Les syndicats ont exprimé lundi leur souhait de voir reconnue l'organisation du travail comme responsable du stress au travail, juste avant l'ouverture de la première séance de négociation sur le sujet avec le patronat."

Ci-dessus la tête de chapître ( et le lien) de ce sujet, aujourd'hui sur AOL. Quand on y pense :

Je ne sais pas si nos jeunes en ont entendu parler, mais l'ex union soviétique avait trouvé, pour enflammer les ardeurs prolétaires, un brave couillon qui s'appelait Stakhanov et qui devait si mes souvenir sont bons, travailler dans une mine. Mais peu importe, je ne vais même pas rechercher parce que d'une part Stakhanov n'est qu'une sorte de mythe, auquel on prête le courage politico-prolétaire d'avoir produit une fois et demie ou deux fois ce que la "norme" prévoyait dans son cas. Plus peut-être, ça n'a pas d'importance. En tous cas quand on parle de stress au travail on pense surtout à ce Stakhanovisme fourmillier, à cette obligation pour garder un boulot et donc se faire "bien voir" de ses chefs (qui s'attribueront et à eux seuls les bons résultats mais feront rejaillir sur les autres les embarras et les erreurs) c'est souvent au stakhanovisme qu'on fait allusion, même si la complication du mot limite son emploi.

Par chance, n'étant plus moi-même concerné depuis longtemps, puisque, avant de prendre ma retraite j'ai passé une quinzaine d'années à mon compte ; je vois ce qui se passe dans les entreprises d'un oeil extérieur et relativement innocent. Naturellement mon passé de syndicaliste, même s'il date un peu, m'empêche d'être totalement impartial.

D'abord il faut rappeler que la notion de fabrication à la chaîne nous vient de ce bon Henry Ford et de la fabrication de la "Ford T," voiture économique destinée à équiper tous les citoyens américains. Sortie en 1908 et jusqu'en 1927, la Ford T fut vendue à quinze millions d'exemplaires. Seule la Coccinelle de Volkswagen a battu ce résultat depuis.

Tandis que la majorité des constructeurs faisait de l'artisanat pour les gens fortunés, Ford faisait du bon marché, mais sérieux, pour la "populace". Son prix de départ (au modèle T) fut de 850 dollars, un prix qui descendit jusqu'à 260 dollars à force d'économie sur le temps, donc la M.O. donc le stress des employés. Autant dire que le phénomène ne date pas d'hier. Ford avait donc inventé la notion de travail à la chaîne. L'assemblage d'un chassis passant ainsi de 12 heures à 1,30 heures en 1913.

Mais le travail à la chaîne, s'il était niais et l'est resté là où les automates ne font pas l'affaire, s'il endort, n'est pas  - en soi - le principal générateur de stress. Encore que quand on accélère la chaîne pour augmenter les cadences il le devient. Mais je suppose que vous voyez où je veux en venir : l'homme qui a pourri l'avenir de ses concitoyens et des autres salariés du monde était un ingénieur brillant : Frederick W. Taylor, qui est à l'origine, bien entendu, du "taylorisme". On notera le hasard qui fait que son nom s'harmonise si bien avec "terrorisme."

Monsieur Taylor était un ingénieur donc. Et même "chef" ingénieur à la Midvale Steel Company. C'est lui qui imagina l'organisation rationnelle du travail. Autrement dit l'analyse des gestes de l'ouvrier et l'élimination de tout geste inutile de même que l'installation ergonomique des postes de travail (vous connaissez l'histoire du tourneur auquel on explique les mouvements économiques qu'il peut faire pour plus de rendement, et qui propose de se planter un balai dans le cul pour balayer l'atelier en travaillant à sa machine-outil) . L'histoire ne dit pas si ça lui profita personnellement, mais il est certain que les intérêts de ses patrons le rendaient encore plus brillant. Ainsi, s'il inventa un nouvel alliage pour les outils, un alliage de tungtène qui même porté à l'incandescence ne perd pas de son tranchant, c'était pour augmenter la productivité. S'il avait pu faire gagner de l'argent à son patron en l'inventant, il nous aurait sans doute inventé la bombe atomique avant l'heure (nous sommes en 1900 et on voit que ses inventions, physiques et d'organisation, ont bien servi aussi monsieur Ford.)

Dans cette ambiance, et dès un demi-siècle plus tard (qu'est-ce à l'échelle d'une civilisation ?) cette organisation scientifique et rationnelle du travail, la notion de travail à la chaîne, mais plus encore les notions de rentabilité et de profit grâce à une pénétration du marché concurrentielle (quand on vend 260 ce que le voisin vend peut-être encore 850, on récupère tous les clients, le temps que ça dure) ont transformé les travailleurs en machines de production, avec l'espoir de monter en grade par son mérite et d'échapper à l'enfer.

Et nous abordons ce qui aujourd'hui, de l'ingénieur au livreur, pourrit la vie des salariés plus encore que les exigences patronales : la concurrence entre les hommes (pas de sexe, terme générique parce que les nanas ne sont pas les dernières à appuyer sur le crâne de celui ou celle qui se noie) C'est insidieux, c'est presque somatique. On se sent surveillé par ceux qui encadrent, par ceux qui voudraient bien encadrer un jour, par ceux dont on guigne la place et par ceux qui guignent celle qu'on occupe. Au point où en est la société, celui qui n'a pas de travail est déjà jaloux de celui qui en a, et s'il peut le lui piquer... Mais entre ceux qui sont en place c'est encore pire, et pour l'essentiel, ce sont les employés entre eux qui se pourrissent la vie. Jalousie, ambition, agressivité sont légitimes. Si vous trouvez que ce sont des défauts, le DRH, lui, n'y voit que des qualités qui vont améliorer le rendement.

Imaginez le cadre dynamique qui avouerait ne pas avoir d'ambition ! Il ne veut pas la place de son supérieur, il ne va donc  pas surveiller et dénoncer celui-ci à la moindre erreur. Quelles que soient ses qualités commerciales, techniques ou d'organisation, il faut l'éliminer et le remplacer par quelqu'un de conforme aux critères des entreprises.

Et puis, à défaut de pouvoir toujours innover  plus pour vendre toujours plus et toujours nouveau (même dans l'informatique ça s'essouffle, et en plus les gens sont las, ce qui est grave pour le CA, Ils n'en ont plus rien à cirer si leur bécane n'est pas la toute dernière) Il faut vendre, et donc la primauté n'est plus donnée à l'intelligence des ingénieurs, mais à l'adresse - pas souvent honnête - des commerciaux. Pour les aider, on ajoute bien des gadgets que d'ailleurs, parfois, on a inventés et stockés dix ans avant ou encore on met d'office ce qui était en option. Mais comme toutes les entreprises vivent sur le même mode, les rois du monde sont les "meilleurs vendeurs" : des cranes creux, des bons à rien en matière de sciences et techniques, mais adroits, et capables de convaincre même de ce qu'ils n'ont pas compris, capables <Q<<<e remplir les carnets de commande mieux et plus fort que la concurrence.

Dans ces conditions le polytechnicien, fier de sa science bien réelle, mais confiné dans un réduit et prié de ne pas trop inventer, parce qu'on amortit, et qu'en plus on a plein de brevets inexploités en total accord avec la concurrence sur ce plan, a des envies sinistres de suicide, et regarde le taré de troisième zône, la grande gueule qui n'a pas encore compris le principe d'archimède mais parle fort et sourit bien, qui monte dans sa Ferrari, sa Lamborghini ou sa banale Porsche. Mais le commercial tout flatté qu'il soit, tout endetté qu'il puisse être sur la base de salaires phénoménaux, parfois, (commissions, objectifs atteints) ne dort pas toutes les nuits. Parce qu'il n'est pas le seul commercial et, dans ce domaine comme dans le sport, plus on est monté haut sur le podium, plus on a obtenu des résultats exceptionnels, plus on a de chances d'être sur la pente descendante, incapable de rééditer son propre exploit et seul à assumer les promesses souvent mensongères ou litigieuses qu'on a dû faire pour y parvenir.

Ah le stress au travail... mais ce sont les salariés eux-mêmes qui se l'imposent en repoussant toujours plus les limites du possible jusqu'à se mettre hors circuit  eux-mêmes après avoir démonté les petits copains. Qui aujourd'hui est un véritable patron dans une entreprise ? Les vrais patrons sont des fonds de pension dans 99% des cas. C'est bien un PDG salarié qui vous traite comme s'il avait un sang plus bleu que le vôtre.

Même notre bon camarade le patron de l'informatique mondiale n'est plus maître chez lui. Il fut d'ailleurs le parfait exemple d'un produit de ce siècle (le XX°) en spoliant ses propres amis, en achetant les nouveaux brevets à coups de dollars, soit pour les cacher soit pour mettre la main sur le marché devenu captif malgré les lois américaines anti-trust. Une gentille ordure quoi, bien conforme à ce que veut ou voulait l'entreprise.

Mais tout ça n'est au fond qu'un épi-phénomène d'un siècle. Le travail part maintenant chez les esclaves d'Asie ou d'Inde et la question de savoir si on plait ou pas, si on va progresser dans l'entreprise, tout ça, c'est devenu de la mémoire, du simple réflexe. Ne pas être celui qu'on va licencier est devenu l'objectif. Et chacun de balancer sur les autres, ce qui conduit finalement, face à tant d'aussi mauvais employés, à la fermeture des sites. "L'arroseur arrosé" comme avaient imaginé les frères Lumières qui en ce temps avaient le droit d'être les amis de ce bon vieux Pétain. Une amitié qu'on ne leur a pas pardonné plus tard, quand le bon Maréchal, blanchi sous le harnois, et qui n'est probablement jamais allé au feu, a perdu la face en se faisant embaucher par la concurrence.

L'enfer, c'est vraiment les autres, mais le dire risque de le rendre inévitable alors que c'est une erreur. Je regrette bien d'être agnostique. Je vous aurais parlé de ce mec qui est venu un jour nous dire "Aimez-vous les uns les autres" ! Il devait y avoir un ancêtre de notre Taylor chez les Romains ou les Juifs de l'époque; Cet apocalyptique prôneur d'amour ne pouvait que finir sur la croix !


Tag(s) : #reprises d'aol

Partager cet article

Repost 0