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Madame, monsieur, demoiselle, damoiseau,

Je me garderais bien d'écrire au nom de tous les vieillards de mon âge vu que pour certains de mes amis je suis encore un "jeune trou du cul," mais néanmoins, à soixante six ans bientôt, je veux bien admettre que quelques rides m'empêchent de cacher ma vétusté.
Et après - me direz-vous -, qu'est-ce qu'on en a à secouer !
Soyez poli.
Je sais bien que vous pouvez être de ceux qui croient encore à la jeunesse éternelle ou que, comme la "Marquise" de Brassens (Corneille et Tristan-Bernard pour la réplique) vous entendez profiter de la vie et de votre jeunesse relative en niant ou refusant de considérer ce que sera votre état plus tard ! D'accord ! C'est votre droit ! Et je ne serai plus là pour vous répéter jusqu'à l'écoeurement : "Je l'avais bien dit, c'est pas faute de l'avoir dit..."



Si j'en parle ce n'est pas pour vous saboter le moral, pas du tout ! Mais au contraire pour vous demander de ne pas nous les briser à nous, les aînés, que vous regardez avec cette espèce de pitié, comme hélas, peut-être, nous avons regardé nos propres parents jadis.

C'est une grande tentation quand on se sent jeune, fort, avec un cerveau rapide et la capacité à maîtriser vingt situations à la fois, de protéger "ses" vieux jusqu'à leur faire honte d'exister.
Laissez-nous vivre, merde à la fin, si vraiment un jour les enfants doivent devenir les parents de leurs parents qu'au moins ce soit en fin de vie quand nous appellerons "au secours" et que vous n'aurez d'ailleurs plus envie de répondre, bien soulagés qu'il existe des hôpitaux et des maisons spécialisées.

Vers la fin de ma carrière professionnelle dont les quinze dernières années ont consisté en acrobaties à faire peur, j'ai été "victime" de toutes sortes de réflexions. Ça pouvait aller de : "C'est vous qui allez monter ?" en passant par "Mais vous n'avez personne pour vous aider ?" et jusqu'à : "Je suis ennuyée, mon mari travaille, il aurait pu vous aider à porter l'échelle !"
Mais ne croyez pas que c'était le pire, parce que sans doute j'ai échoué dans certains appels d'offre parce que les gens redoutaient que ce soit chez eux que je me tue.

Au fond, ma vie ou ma mort n'importait à personne, il ne faut pas croire, mais comme me l'a très bien dit une collègue du conseil municipal (une garce de droite) chez qui j'étais debout sur une cheminée vétuste en bord de toit : "Tue-toi si tu veux, mais fais ça ailleurs que chez moi" (Bonjour Christianne)

Vous n'imaginez pas le mal que vous faites en soulignant l'âge d'un intervenant. J'ai arrêté de travailler à soixante quatre ans alors que j'avais encore les capacités, et largement, d'aller plus loin, d'autant plus que je n'ai pas trouvé de repreneur et qu'arrêter de travailler dans ces conditions n'était pas une bonne affaire. Mais à force de m'entendre ressortir mes cheveux blancs je me suis dit que je finirais par ne plus avoir de taf, parce que seuls les plus jeunes s'en foutent royalement; mais les plus jeunes ne sont pas les plus argentés.

Je connais des gens qui à quarante ans sont vieux. Ventrus, lourds, patauds, ils seraient sans doute assez forts pour monter un piano à l'étage, pas seuls quand même hein ! (quoique, je l'ai fait et c'est pas évident) mais c'est une force molle, sans vivacité, sans l'équilibre et l'adresse qui permettent de survivre dans des situations difficilement prévisibles comme quand , par exemple, vous quittez une échelle à dix mètres de hauteur en posant le pied sur la première rangée de tuiles d'un toît débordant, et que la solive qui soutient cette bordure casse alors qu'une peinture récente des queues de vache lui donnait un aspect solide. La force ici n'a plus lieu d'être, pas de façon primordiale, ici nous parlons d'agilité, de vitesse de réaction et d'équilibre, car si vous tirez l'échelle avec vous en croyant vous y raccrocher, elle va basculer (avec dix mètres de levier, ce ne sont pas les pieds plus ou moins larges à la base qui y changent quoi que ce soit) ! Il faut donc au contraire se jeter en avant à plat ventre en essayant de saisir la moindre saillie ou relief, surtout si le temps est "glissant"  (pluie, verglas, neige) ou le toit moussu. Et sans me vanter j'ai fait ça très bien jusqu'au bout, la preuve je suis devant le clavier et j'écris sans être en fauteuil roulant (en fait, si, il a des roulettes, mais ça n'a rien à voir).
Mais j'ai eu pas mal de confrères dans l'antenne et des copains dans la couverture qui quoique jeunes ne s'en sont pas tirés, ou pas intacts. L'âge est donc secondaire dans ce genre d'activité. Pourtant il s'agit d'activités extrêmes : peu de gens en fin de carrière, comme j'étais, sont contraints à jouer les "monte-en-l'air," et on pourrait donc s'attendre à ce que, aux autres au moins, on fasse grâce de ces inquiétudes paternalistes. Mais non, et malheureusement on voit ça dans les entreprises où dès cinquante ans vous êtes "has been" (ce qui m'a conduit à remonter une entreprise, pour mes cinquante ans justement)

Le premier respect qu'on doit manifester aux gens qu'on considère, à tort ou à raison, comme "âgés" c'est de ne leur en donner aucune manifestation. Traitez-donc les gens comme vos égaux même s'ils ont l'âge de vos parents, et en commençant par vos parents. Inutile de vanter leur grande intelligence et leurs connaissances encyclopédiques pour mieux souligner leurs infirmités physiques réelles ou supposées, contentez-vous d'être ce que vous êtes face à un autre individu qui est votre égal, ce sera la plus grande marque de respect que vous pourrez offrir.

Bien sûr qu'avec l'âge, même nous, sommes conscients de faîblesses réelles. Le coeur qui n'est plus au top, les muscles qui fatiguent plus vite et qui s'offrent des crampes, sans parler du souffle après plus de cinquante ans de tabac (j'ai arrêté depuis deux ans en mai, quand même, mais j'avais commencé jeune la gauldo et les P4) Toutefois, tant que nous pouvons nous assumer, de grâce, laissez nous gérer nos soucis.

Nos enfants seront déjà bien assez marris de devoir nous aider vers la fin, quel que soit leur degré d'affectivité, et pas avant que nous n'ayons tendu la main vers eux, bien que tous et chacun en notre for intérieur espèrons bien mourir dignement, soudainement et sans emmerder personne.

Tag(s) : #Nouveaux articles

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