Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Après "Britain's got talent" qui découvrait Suzan Boyle, "America's got talent" vient de découvrir sa propre championne dans la personne d'une manipulatrice en radiologie dont le nom n'a aucune importance. Quels sont les points communs et nouveaux entre ces deux femmes ? Eh bien c'est qu'elles ne sont pas des pin up's, loin s'en faut, d'abord parce qu'elle ne sont plus des minettes depuis un bail, ensuite parce que leur physique sans être un exemple type de la laideur n'a rien de très attrayant.

Ce que cela veut dire n'est certainement pas que soudain émergent des voix extraordinaires chez des gens super ordinaires comme s'il s'agissait d'une mutation, non ! Cela veut simplement dire que Suzan Boyle a osé transgresser les règles d'une société qui donne ses faveurs à la jeunesse et à la beauté et que ce faisant elle a ouvert la porte à d'autres parce que les animateurs (jeunes et beaux de préférence) de ces émissions sont tombés sur le cul parce que leur culture les avait amenés à croire que beauté et talent étaient forcément liés.

Pourtant dans le cadre de cet univers du showbiz il n'est pas rare de voir de grandes et belles voix appartenir à des gens qui nécessairement vieillissent et nécessairement ne vont pas en embellissant : oserais-je citer le vieil Aznavour ou la délicieuse Véronique Sanson qui ne sont plus des jeunes premier-première, et qui pourtant hein... en épatent encore plus d'un.

Ce n'est évidemment pas un constat très original : je dirais même que ça devrait sauter aux yeux. N'a-t-on pas eu cet autre exemple de très belle voix avec la canadienne fort peu jolie qui avait appris à chanter dans les choeurs religieux ? Bon, d'accord, elle a eu recours à la chirurgie esthétique pour tenter de rentrer dans le moule, mais peu à peu tout s'écroule, la nature est la nature. Au fond ce qui compte c'est l'enchantement de sa voix ! Est-ce important pour le rêve éveillé qu'elle se fasse engrosser par des implants obtenus par FIV et qu'au fond on ne lui suppute aucune actvité sexuelle avec son très vieux mari ?

On parle souvent de beauté intérieure ! C'est encore une escroquerie, comme quand on parle de la beauté de l'âme que personne n'a jamais vue même en y croyant (ce qui n'est pas mon cas)
Il y a par contre des gens qui ont la chance de se soucier fort peu des modes et de l'opinion des autres les concernant. Ces gens là sont à la fois naturels et sincères, alors pour peu qu'en plus ils soient intelligents ou tolérants, on les affublera d'une "belle âme."

Mais ce sont des exceptions, et ceux qui sont influencés - à la fois ou séparément - par la mode et l'opinion des autres, et qui pour leur malheur ont un physique disgracieux ou une absence de talent évidente, ceux là vouent aux "beaux" aux "talentueux" une sorte de haine revencharde; comme si chacun était responsable de son aspect ou des qualités que le hasard complexe de l'hérédité lui vaut.

Il est néanmoins intéressant de s'attarder sur le phénomène qui m'a motivé à écrire cette entrée. Je suppose que dans une société du paraître comme la nôtre, des quantités de gens n'ont jamais osé briguer des postes en se convainquant par avance qu'ils n'avaient pas "le profil" comme on dit.
Naturellement je ne parle pas seulement de chanteurs, ce qui est marginal, mais de gens recherchant un emploi, tout simplement. Une femme un peu ou beaucoup forte et/ou pas très jolie ou franchement laide briguera-t-elle un poste de secrétaire de direction pour lequel elle a toutes les qualités d'intelligence, d'organisation, de précision, d'honnêteté ? Probablement pas ! La mode, la société, le cinéma et donc l'habitude, nous montrent dans ces postes uniquement des filles super canons, souvent maîtresses de leur patron et ajoutant à leurs talents professionnels des talents amoureux explosifs et toujours disponibles. Comment, dans ces conditions, notre semi laideron empâté oserait-il postuler ?

En tant qu'homme, pas bien beau mais pas bien jaloux non plus, j'ai connu cette sorte d'étonnement en vieillissant. Quitte à revenir sur des choses déjà dites et à parler de moi (ce qui peut m'éviter bien des procès) après avoir été jeté en tant que cadre à cinquante ans, je me suis reconverti en montant mon propre artisanat d'installation d'antennes. Les premières années ça allait, les gens me voyaient encore dans la situation, mais au bout de quatorze ans j'ai jeté l'éponge à cause des réflexions, de l'étonnement : "Vous allez monter vous même ?" et autres "Mais vous n'avez personne pour vous aider ?" parce que vous êtes classés par rapport à votre aspect physique, et l'âge fait partie de ces caractéristiques négatives qui nous valent un rejet !

Je ne sais pas si la curiosité a pu pousser certains d'entre vous à aller sur ces sites spécialisés en porno. Je suppose que oui mais que vous ne l'avouerez pas.
Moi j'y suis allé et j'ai trouvé un truc extraordinaire chez les anglophones qui désignent les amoureuses, au delà de vingt ans quasiment, comme des "MILF" et ne me demandez pas ce que ça veut dire, c'est moi qui aimerais le savoir. En gros des femmes "mures" que les sites français appellent des "matures"
C'est dire si, même dans ce contexte, on sent que, s'ils sont coincés par la notion de pédophilie et présentent essentiellement de jeunes salopes comme étant des "teens," agées focément de dix huit ans pas plus ou pas trop, toutes les filles plus vieilles entrent donc dans la catégorie des "MILF" ou "matures." Et comme ils savent que leur "clientèle" aimerait plus gourmand, ils vont jusqu'à déguiser leurs "teens" avec des nattes et des habits d'écolières pour les rendre plus attrayantes pour les pédophiles en puissance.
Du coup c'est vrai qu'à la trentaine une femme est déjà une "mature" pour ne pas dire "du gibier de poubelle."
Voilà où mène la culture du paraître avec toutes les conséquences qu'on constate, en particulier chez les femmes mais pas seulement, en matière de dépression.
Il faut comprendre ce qu'on ressent quand, passé l'âge du lycée, une fille est déjà "une vieille chose" et qu'un homme, un peu plus tard mais dans un autre domaine, est considéré comme un  boulet démodé et sans plus d'avenir.

C'est ce vieux con de Leprince Ringuet, polytechnicien gateux déjà à l'époque, qui disait à qui voulait l'entendre que, passé trente cinq ans, un homme n'avait plus un cerveau capable d'invention, d'innovation et ne faisait plus que de la routine.
Cela m'avait été répété alors que je venais de passer la quarantaine par un gamin de vingt huit ans, polytechnicien, qui venait d'intégrer une commission que je présidais dans mon club Rotary. Je lui ai naturellement demandé si ça ne lui faisait pas trop peur de savoir que sept ans plus tard il serait bon pour la poubelle, mais il n'était que polytechnicien, donc pas assez intelligent pour comprendre cette condamnation ou trop con pour ne pas l'accepter avec joie comme venant d'un de ses dieux.

Voilà bien le genre de stupidités que pourtant l'histoire conteste d'évidence. Que ce soit dans le monde de l'invention technique ou dans celui de l'invention littéraire, je peux citer des douzaines d'exemples d'hommes et de femmes ayant inventé, fait, réalisé leur plus belles inventions, oeuvres, constructions ou statuaires largement après la quarantaine et parfois même dans leur grand âge. Mais contre un crétin vos arguments n'auront aucune portée, car il restreindra, exemple après exemple, le champ d'application de ce dogme, jusqu'à le réduire à cette forme d'invention pure qui ne s'appuie sur rien de préalable et qui, pour un croyant, ne pourrait s'appliquer  qu'à Dieu.
Ce qui à mon avis est très prétentieux de la part des polytechnichoses de mes deux de moins de trente cinq ans.

Il est dommage que c'est par une vulgaire émission raccoleuse que ces évidences discrètes voient le jour, mais en même temps ça n'a rien de surprenant puisque, quand vous estimez n'avoir aucune chance, vous ne faites pas non plus l'effort de développer vos talents naturels. A quoi bon ?

Et du coup, qui sait combien de génies sont restés inconnus, étouffés par la situation sociale des parents, ou qu'un physique ingrat a détournés d'ambitions légitimes eu égards aux dons que nous recevons de la nature (l'hérédité évoquée plus haut) et dont parfois nous sommes conscients ou que d'autres savent déceler en nous.
Car s'il est une chose notable et remarquable, c'est que ce que nous faisons naturellement et facilement ne nous paraît jamais extraordinaire à nous.

Bien souvent nous avons au moins besoin d'avoir vu l'étonnement dans les yeux des autres pour comprendre que nous sommes, dans un domaine, au dessus des normes courantes. Tous et chacun j'imagine avons des dons propres. Mais hélas tous et chacun n'avons pas toujours su ou osé les mettre en valeur.

Que cette nouveauté de la prise en compte des belles voix dans des corps pas terribles nous enseigne l'immodestie de croire à notre propre valeur, car si nous attendons après les autres, nous risquons d'attendre longtemps !

Tag(s) : #Philosophie

Partager cet article

Repost 0