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Quand j'étais petit, dans la bonne ville d'Enghien où je suis né, mais qui est maintenant peuplée de faux bourgeois venant profiter d'une imposition inexistante à cause du casino, nous allions souvent chez "monsieur Didier, épicerie fine, place du Cardinal Mercier" Autrement dit chez un de ces épiciers traditionnels qui vendaient aussi du lait frais à la mesure (mais il y avait des fermes ,à Saint Gratien et Soisy ou Andilly) On pouvait aussi acheter de bons fruits de saisons venant de la région, et en particulier des poires, pommes et cerises venant de Montmagny, ville ou l'agriculture s'était  très spécialisée dans les vergers.
Mais il n'y a pas que l'épicerie, il y avait aussi les BOF (beurre, oeufs, fromages) qui étaient des magasins bien normaux, et non ces magasins de luxe où acheter un fromage réellement affiné coûte la peau des fesses et une partie du reste.
Et puis au moment de bricoler, on pouvait aller chez le père Brochet acheter de la semence (petits clous) au poids, à moins qu'on n'ait besoin d'un gond pour une porte ou d'un carreau pour une fenêtre, à supposer qu'on n'ait pas requis les services d'un de ces petits vitriers qui couraient les rues avec des vitres sur le dos.

Et puis sont arrivés les "grands magasins"  (ils paraissaient ainsi à l'époque, ça fait sourire maintenant) qu'étaient les prisunics, Uniprix et autres du même genre. Ils étaient loin d'avoir le choix qu'on trouvait chez les vrais professionnels, ils n'est même pas certain qu'ils aient jamais été moins chers à qualité équivalente, mais entre le phénomène de mode et une présentation des produits tellement plus "clean" (blisters) les gens s'en convainquaient.

Ensuite sont venus les supermarchés, et puis les hypermarchés et revenant de Toulouse où, à Portet sur Garonne en réalité, se trouve le plus grand magasin Leclerc de France, je peux vous dire qu'on va devoir inventer un superlatif aux superlatifs car ça devient carrément monstrueux.

Je pourrais épiloguer sur le sort à venir de ces magasins gigantesques, quand plus personne ne prendra sa voiture pour aller faire des courses, et que donc le commerce de proximité ou la livraison à domicile deviendra la règle de nouveau, mais ce n'est pas l'idée qui m'a traversé l'esprit au moment de rédiger cette entrée.

En réalité, depuis ma retraite et que les temps deviennent durs pour les retraités (oui, c'est nouveau pour moi seulement, je sais) je fais de plus en plus fréquemment mes courses courantes chez les "hard discounters" comme on dit. C'est théoriquement contraire à mes idées, mais franchement on ne m'a pas laissé le choix. Et chez Aldi par exemple, il y a régulièrement des "coups" annoncés une semaine ou deux à l'avance et qui ne durent donc pas puisque les quantités sont très limitées. Le dernier dont j'ai profité est significatif : un aspirateur sans sac (centrifuge) très efficace et pratique pour 40€ (39,99 pour être précis) 2000 W réglable en puissance, équivalent donc à celui que j'avais acheté il n'y a pas si longtemps chez Carrefour, mais de la marque d'origine Dyson, et payé 239 € (celui-ci reste à l'étage)
Seulement si je veux de la viande de bonne qualité et nettement moins chère que chez mon boucher, je ne la trouverai pas chez Aldi, il me faudra aller chez Leader Price, du moins dans certains Leader price; car si celui de Muret où j'ai pris quelques habitudes est propre et offre un choix intelligent, celui de Domont où je suis allé à mon retour est sale, géré par des maghrébins mal polis et n'offre ni le même choix ni la même qualité (éviter à tous prix le rayon fruits et légumes). Comme quoi, l'enseigne ne fait pas tout et les franchiseurs devraient vérifier de temps à autres à qui ils accordent leurs marques. Il est vrai qu'entre la famille qui dirigeait cette taule depuis sa fondation, et le patron financier, qui dirige Casino, il y a eu des clashes musclés, parce que leader price était mal géré justement.

Ce qui revient à dire, si je reviens aussi au sujet de mon entrée, que les "grandes surfaces" où avec le temps on trouve de tout, mais cher et pas toujours de la meilleure qualité, se font maintenant bouffer le coeur des ventes par les hard discounters, ce qui interdit évidemment d'avoir des prix intéressants sur le reste, lequel permet de se raccrocher aux branches.
Par exemple, j'ai besoin pour mes cheveux blancs de vieillard, d'une espèce de shampoing dont il n'existe qu'une seule marque à ma connaissance (Biorene) pour éviter le jaunissement, que bien entendu je ne trouverai pas chez les hard discounters.
Donc Monsieur Leclerc ou monsieur Carrefour et les autres minus du supermarché, sont devenus d'une certaine façon les "monsieur Didier" de notre époque, se battant à coups de milliards contre l'insidieuse et habile montée en puissance de petits franchisés du hard discount qui leur font à l'envers le coup que leurs papas ont fait jadis aux épiciers, quincaillers et BOF de tous genres.

N'allez pas croire surtout que jadis j'ai eu la moindre pitié pour monsieur Didier et les BOF que la guerre, le marché noir,  avaient enrichis et qui servaient en priorité les officiers allemands alors que leurs boutiques étaient assaillies par une file d'attente de trente mètres, mais pas non plus que j'aurais encouragé (si j'avais eu l'âge de donner mon avis) ma mère à tourner le dos à telle marchande de BOF qui avait été tondue à la libération, pour avoir remplacé dans son lit son mari enfui seul en zone libre, par un soldat allemand même pas gradé.

Non, ce qui m'amuse c'est l'ironie de cette situation, ce côté "arroseur arrosé." Chaque fois qu'un "malin" fait la démonstration que l'honnêteté n'est pas payante, il sert en fait de modèle à plus malhonnêtes que lui (autant que ça existe) et s'en trouve victime un jour ou l'autre.

Le plus pourri des premiers pourris de l'époque moderne est évidemment à rechercher dans les milieux du textile; premiers à avoir transporté la réalisation des tissus dans les pays à faible coût de main d'oeuvre. Les autres industriels ont suivi, persuadés que d'une part l'économie réalisée leur permettrait de faire du dumping en cassant les prix, mais pas trop, pour faire des triples bénéfices malgré les frais de transports induits par cette délocalisation (terme pudique pour parler de trahison nationale) L'ennui c'est que leurs concurrents ont vite compris le truc et les ont imités.
Du coup certains produits sont devenus si bon marché - au regard de ce qu'ils coûtaient quand les gens avaient encore du travail en France - qu'on ne sait plus ce que signifie "repriser" ou même "réparer."
On ne change plus de vêtements par nécessité mais pour répondre aux modes, et on jette des vêtements neufs ou presque. Du moins pour ceux qui travaillent encore, personne ne s'intéresse aux autres.
Peu à peu, les seuls qui ont encore du travail sont les fonctionnaires (mais ça ne va pas durer, et même l'école sera privatisée un jour comme elle le fut jadis entre les mains des églises) et naturellement les gens qui tournent autour de la finance, qu'il s'agisse de banquiers ou d'assureurs qui d'ailleurs s'absorbent l'un l'autre. Les commerces grands et petits sont condamnés bien entendu.

La France est en faillite comme la plupart des pays trahis par leurs industriels, elle n'est donc plus un marché intéressant, et tous ces emplois vont disparaître aussi. Mais naturellement, comme les pays émergents sont loin d'être des clients intéressants et ne seront plus des prestataires intéressants quand ils le deviendront, les industriels ont du souci à se faire car, il ne faudrait pas oublier que si, sur les grandes durées et concernant les personnes morales que sont les grandes entreprises, elles s'y retrouveront toujours, parce que leur durée de vie est bien supérieure à la vie d'un humain, les hommes d'aujourd'hui n'ont eux qu'une seule vie à vivre et seront eux aussi faillis et contraint de céder leurs avoirs bien avant la fin de leur propre vie.
Ce qui revient à dire que ces malversations, jouant sur la pauvreté des pays émergents, sont un jeu de dupes, et que si vraiment on voulait les aider en transférant notre technologie on pouvait le faire sans les obliger à travailler comme esclaves si longtemps et à produire de si grosses quantités (approvisionner le monde entier, je pense à la Chine) quittes à se retrouver le bec dans l'eau avec des outils de productions démesurés, quand soudain l'économie en crise bloque des quatre fers. D'ailleurs tout ce qui est brutal, soudain, exagéré est mauvais, néfaste, promis à un avenir calamiteux comme l'a été le siècle des guerres qui vient de s'achever, qui fut aussi le siècle des plus grands développements scientifiques mais aboutissant aux plus grandes catastrophes climatiques par inconséquence.

En clair : l'homme est incapable de vraiment prévoir les conséquences de ses actes, et surtout s'en fout, si ça rapporte assez - sa propre vie durant - exactement comme si son égoïsme était si fort que même l'avenir de sa propre descendance lui était indifférent.

Mais n'est-ce pas là justement le problème ?

Tag(s) : #Nostalgie

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