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Nous avons tous un ou plusieurs albums de photos, quand ce ne sont pas de pleins cartons, qui peu à peu vieillissent. Quand nous les regardons attendris et puis carrément moroses de ce temps passé qu'on ne revivra jamais, tristes de tous ces visages aimés à jamais disparus, nous aimerions chaque fois avoir près de nous celui ou celle qui a partagé ces moments là, quelqu'un d'autre pour qui ces images ont une vraie signification au delà des apparences.

Je viens de prendre en main mes propres cartons. Il était temps ! On voit avec les années que certaines marques faisaient vraiment du travail de bougnoule : les photos tirées par les uns deviennent rouges, par d'autres vertes ou bleues. Par chance j'ai un scanner qui corrige encore assez bien ces errements et j'espère que, numérisées et corrigées au mieux, mes photos pourront encore survivre jusqu'à ne plus intéresser personne.

Le passeport en temps de guerre de mon père (qui travaillait pour Philips Hollande)

Je dis mes photos ce qui est abusif. Bien entendu nombre d'entre elles ont été récupérées chez nos parents à leur décès et parfois on ne saurait même pas situer le lieu et encore moins les personnes. C'est ça qui est terrible, cet anonymat de gens, vraisemblablement morts, sur des photos non datées ni annotées.

Notre soeur Marie-Thérèse nous a quittés il y a un an. Aînée, elle avait pris la peine de situer au dos de la photo les personnes et leur âge, à la plume sergent major. Je suis l'adorable blondinet du milieu (hum, lol)


Sans doute notre génération est elle détentrice d'images plus spéciales que les suivantes. Nos parents ont vécu la guerre de plein fouet comme les leurs avaient subi la précédente. Il y a donc des images de gens qui, au cours de ces conflits, étaient opposés les uns aux autres, soit pour des raisons de nationalité, soit pour des raisons politiques.
Ma mère était allemande et mes oncles se sont donc battus et sont morts pour certains d'entre eux dans les armées du Reich. Mon père était un "ami du colonel De Larocque" c'est à dire proche des croix de feu et quasiment fasciste,(ce que contestent à présent, concernant de La Rocque, des historiens français d'extrême droite.) même si seuls les italiens et les espagnols utilisaient le mot à l'époque.  On peut le dire maintenant que cette génération n'a quasiment plus de représentants actifs. Mon père aurait eu cent ans dans quatre mois et quelques jours. Sa génération est forcément très clairsemée. Lui a lâché la rampe il y a dix sept ans déjà.


Sa vision politique explique que j'aie toujours milité à gauche. Seigneur, ce que ses "amis" pouvaient être prétentieux et niais. Presque tous étaient ingénieurs comme lui, mais il avait suivi le mouvement par manque de caractère. C'est ce qui arrive quand on est élevé par des femmes seulement et sous l'autorité d'un frère plus âgé de sept ans mais nommé tuteur pour des raisons propres à l'époque. Il avait besoin d'une fraternité plus que d'amis politiques, mais c'est eux qu'il a trouvés.


N'importe, en dehors d'un drapeau vieillissant que ma mère a brandi à sa fenêtre en se faisant tirer dessus quand Leclerc arrivait, les autres souvenirs ont presque tous disparus. Après guerre il ne faisait pas bon partout avoir été du côté du pouvoir de Pétain. Quoique... à Enghien où nous vivions, bien des années après la guerre les "amis du colonel De Larocque" continuaient d'avoir un banquet annuel, et comme je venais de remplacer tout ce qui était sonorisation dans la salle des fêtes de la ville, on m'a demandé pour ce qui a dû être le dernier de leurs banquets, d'aller assurer la sonorisation (musique d'ambiance et allocutions) Par malheur plusieurs de ces messieurs m'ont reconnu : "Mais tu es le fils de Dédé ! Comment va ton père, viens que je te présente untel et untel..." Je pouvais difficilement envoyer ces vieillards se faire voir.

En somme, il y a toujours des "perdants" quand on a pris parti, ou pris un pari, mais savoir si le gagnant est si victorieux que ça n'est pas évident à la réflexion. Les perdants... on leur fait dire ce qu'on veut puisqu'ils n'ont plus droit à la parole.
D'ailleurs c'est cette droite pétainiste qui est aujourd'hui au pouvoir avec le nain et ses alliés fascistes en italie et ailleurs. Bien sûr, eux mêmes ne l'admettraient pas, et dénoncent les collabos survivants, mais leurs idées sont bien les mêmes et ils se passionnent à dénoncer la gauche comme la gauche les a dénoncés après guerre. Seules les générations ont changé et cela permet aux "jeunes" (lol) de ne pas se sentir complices ni concernés par les actes de leurs pères physiques et spirituels, mais en même temps ils en reprennent les idées.

Mes parents en 1936, quand on essayait d'oublier la "der des der" et la crise de 29

A ceux qui n'auraient pas lu "Mein Kampf" il faut enseigner, quand même, que - au milieu de délires paranoïaques et racistes, - Hitler envisageait l'Europe que nous avons bâtie. Certes, il ignorait que, quoique lui-même allié aux Japonais aurait pu mesurer les sources de futurs conflits de cultures, malgré toutes les bonnes raisons de concevoir une Europe avec la sidérurgie dans la Rurh, l'agriculture en France et l'industrie en Grande Bretagne, la vérité serait la migration de la sidérurgie et de l'industrie chez les Chinois et les Indiens qui travaillent comme des esclaves pour peanuts, ce qui fait que nous réalisons une entité qui n'a plus le sens qu'elle avait en ces années de pleine expansion de l'industrie.

N'empêche que tant qu'il y aura des hommes, les idées des uns finiront par rejoindre celles décriées la veille par les autres quand elles avaient du sens,  sauf que parfois c'est trop tard !

Je ne vais pas écrire un article sous l'intitulé "photos" sans en mettre quelques unes. Sans rapport précis avec le texte en fait, sinon qu'elles sont d'époque ou quasi. D'ailleurs, revenons à la photo à proprement parler

Naturellement ce ne sont pas les photos en noir et blanc qui ont le plus mal vieilli, et quand bien même auraient elles viré au sépia, il suffit de copier en nuances de gris pour rattraper la chose.  Ici un transport SETRAL (transports lourds d'EDF) de mon défunt beau père.

En voici une où ma fille cadette que j'apprenais à monter tenait Sarah par le licol (J'ignorais que j'aurais une petite fille qui s'appellerait Sarah aussi)  Cette photo est corrigée car l'original est quasiment mauve désormais. Il est intéressant de noter que même vieillies, une photo contient encore les éléments des couleurs qui se sont affadies, en quantité suffisante pour rattraper les choses. (Sarah est morte il y a longtemps, ma fille cadette, elle, a trente sept ans et trois enfants.)

Carte d'alimentation de ma grand mère, encore nécessaire en juillet 1950


Des enfants ? non, une collection de nains rassemblés par les Nazis sous la dénomination de Lilliputiens. Tous sont adultes. ( Lübeck)

D'autres nazis, parmi lesquels mon oncle Emil, deuxième rang, deuxième en partant de la gauche. Il n'est jamais revenu du front Russe

Emil encore, entre deux "Kamarads" avant de s'engager


Pas mal abîmé le père Coty. Mais qui s'en souvient vraiment ? Et qui étaient tous ces joyeux  lurons ? Ils sont tombés dans l'oubli quand ils croyaient toucher la gloire. Vae victis !



Pour les Lyonnais ! Une carte postale que peu d'entre eux reconnaîtront ! Enfin, je suppose ! La photo proprement dite est collée sur le carton imprimé.

Seigneur Dieu ! Je m'aperçois que j'ai oublié de mettre De Gaulle lors de sa première intervention sur la tombe du soldat inconnu après la libération  :
Le voici :

Notez à sa gauche le porteur de gerbe qui a encore une moustache à la Adolphe ! J'ignore qui est ce Don Carlos Gallicae auquel mon père fait allusion. un copain de Franco ?  Chi lo sa ? Je veux bien des réponses. (peut être sur le Net ?)

Et vous savez quoi ? J'ai l'intention de scanner maintenant pour les préserver les images parues à l'issue du siège de Paris dont j'ai une série qui doit devenir rare et qui s'abîment les pauvrettes. Mais d'abord l'une de ces images qui sortent  de l'imprimerie Coulbeuf : les Francs Tireurs de mon grand papa  (Et tant pis pour le R de trop dans le nom) :



Et comment ne pas mettre ici cette très belle gravure de la bataille de wagram, puisque mon père adorait Napoléon


Elle est signée J.M. Fontaine et malheureusement elle s'abîme elle aussi ! Il ne faut pas oublier que pour les Français les gravures comme celles ci étaient l'unique moyen d'imaginer des personnages ou des scènes de bataille avant que la photographie n'y supplée.

Hélas la photographie a commencé en noir et blanc, et avec des temps de pose tels qu'on y voyait peu de personnages.
Bien que j'ai offert les plaques au collodion au musée de l'armée, je vais mettre ici quelques vues de la guerre de Crimée, dite aussi guerre d'Orient, car j'avais des "tirages" de ces plaques négatives :  Il est entendu que toutes ces plaques ont été prises par un photographe Anglais, en l'occurrence assisté de mon grand père sergent de Turcos Français à l'époque, en 1854. Cette guerre est la première qui ait bénéficié d'un "reportage photographique" Les commentaires sont les annotations de mon père quand il en a mis.

Ruines de fortin Russe. Au premier plan Gahous que l'on remplissait de terre pour protéger les canonniers. Télégraphe Chappe et factionnaire Français ! A côté, cabine, la tente pour la photo, les opérateurs étant mon père et un photographe amateur Anglais.

Fortin Russe avec pièce marines ! Affûts bricolés, transformées en pièces terrestres.



Vue générale de Sébastopol en 1854,




Crimée. Sébastopol 1854 Casemates Russes


Fortin Russe avec pièces datant de la grande Catherine. Sébastopol 1855. Pris par mon père et un photographe Anglais.
Mon père Sergent de Turcos fut trépané en 1854 par un major Anglais. Il a reçu de la reine Victoria la Victoria Cross (n.b. : voir ci dessous les circonstances)

Défenses Russes avancées devant Malakoff Un combat acharné de huit jours! Alternatives de prise,par les Français et les Russes. Tonneaux à poudre et défenses par les marins Russes "HNYETON HETY" (? Caractères cyrilliques difficilement reproductibles)

Bassin de radoub de Sébastopol 1855 Au second plan communication par télégraphe Chappe avec les navires Anglais et Français amarrés en rade. En 1950 (date de ces commentaires - Note du petit fils, lol) un tramway parcourt le môle qui a subi peu de modification depuis 1850.

Toutes ces photos sont issues de plaques au collodion.

Voilà ce que les photos ont de moins à cette époque (la couleur) et de plus que les images d'épinal (la réalité parfois moins brillante)
Combien d'entre vous savaient avant de lire ces dernières lignes, que Français et Anglais étaient associés dans une guerre, avant celle de 14/18 ? D'ailleurs qui se souvient de la guerre d'Orient ou même de la guerre du Mexique lancée par Napoléon III pour tenter de "placer" ce pauvre Maximilien !

Mon père avait trois ans à la mort du sien, c'est son frère aîné qui lui a rapporté ce dont il se souvenait des explications de leur père, sa mère aussi bien sûr, mais ces histoires de tueries sont affaires d'hommes. Mais son frère n'avait que dix ans. On comprend que dans ces conditions je ne garantisse pas à cent pour cent l'exactitude des commentaires en dehors de la Victoria Cross, remise par la reine un peu par erreur, car les blessés n'affichaient pas leur nationalité; et quand on a prévenu la reine que ce blessé là était Français, S.M. la reine Victoria à répondu : " Ce qu'une reine à donné, une reine ne le reprend pas !"
 Il ne doit pas y avoir deux Français au monde qui puissent se targuer d'avoir la Victoria Cross. En fait zéro car s'il y en avait un autre il serait mort aussi hein, faut pas rêver non plus.

Bon, je vous ai assez bassinés pour ce soir, mais il peut y avoir parmi vos amis, vos parents, des passionnés d'histoire, alors pardonnez moi de penser aussi à eux !

Pour ceux qui sont intéressés par les gravures de Draner (Jules Renard) sur le siège de Paris, allez dans la partie dénommée "pages" dont le lien se trouve à l'entrée de ce blog dans la colonne de droite.

Tag(s) : #Humanisme

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