Mercredi 30 novembre 2011 3 30 /11 /Nov /2011 23:47

A l'heure où facebook nomme "amis" des personnes rencontrées sur le Net et jamais en vrai, à l'heure où ce même terme est utilisé dans les club rotariens pour désigner les membres qui vont se battre pour les places d'honneur, je me pose la question :

 

Au fond; à quel moment pouvons nous définir un "ami" véritable au milieu d'une mer de rencontres, relations et copains ?

 

Je sais bien que je n'aurai pas trouvé de réponse à la fin de mon article, si c'était possible, je pense qu'à mon âge j'y serai déjà parvenu. Mais j'ai des pistes.

 

Pour commencer, comme on ne peut pas devenir amis, (ou exceptionnellement et avec des risques,) comme on tombe amoureux sur un coup de foudre, il ne faut éloigner aucune de nos relations de la possibilité de le devenir !

Il va simplement falloir qu'il/elle fasse ses preuves. 

 

Un ami c'est quelqu'un qu'on a plaisir à voir, recevoir, entrer en relation. Il est donc nécessaire qu'on s'entende bien sur de nombreux points.

Un ami c'est quelqu'un qui existe aussi en dehors de nous, il faut donc qu'on n'entre pas en concurrence avec lui au risque de tout fausser dans les rapports, qu'ils soient amoureux ou sociaux (professionnels, associatifs etc.)

 

Un ami doit donc s'être suffisamment ouvert à vous pour que vous connaissiez de lui, outre son caractère, de nombreux points de ses choix sans pour autant qu'il soit nécessaire que vous les partagiez tous. Il faut donc que sa nature vous ait aussi donné le désir de vous ouvrir à lui quand votre relation n'était encore qu'une relation, du copinage ou de la confraternité. (relation de travail) On conçoit qu'en conséquence les gens intolérants ne peuvent pas avoir d'amis, car ce seraient alors leurs doubles et la relation d'amitié n'aurait aucun sens.

Il doit y avoir des tests qu'on peut faire pour reconnaître un ami véritable c'est à dire sincère dans ses déclarations d'amitié, disponible si vous avez vraiment besoin de lui, mais sans jamais abuser. Et la corollaire c'est que vous devez sauter dans votre pantalon (jupe, robe, djellaba) si soudain en pleine nuit il demande votre aide d'urgence ou simplement votre présence.

 

Car bien entendu le processus "d'amification" doit se faire des deux côtés.

 

Je prétends que la grande majorité des gens qui parlent de leurs "amis" ne font allusion qu'à leurs relations, et je regrette qu'ils utilisent le terme alors qu'eux mêmes ne sont pas dupes. S'il suffisait d'organiser une soirée à cent pique-assiettes pour que ceux ci aient droit à se prétendre vos amis, avouez que vous seriez vite encombrés de toute cette amitié généralement à sens unique.

 

Parfois on nomme "ami" un condisciple d'étude avec lequel on n'a jamais cessé de correspondre, de se voir, de se recevoir et jusque - pour les croyants, - s'offrir l'un l'autre le parrainage d'un des enfants. Mais à l'examen des circonstances au cours desquelles on se voit et revoit, il n'est pas bien certain que l'"ami" en question passerait le test d'amitié. Il suffit que professionnellement ou par proximité citoyenne ou par affinité politique on se retrouve fréquemment en dehors de l'attirance amicale pour confondre les deux, alors qu'on ne partage peut être pas le même respect et intérêt pour les mêmes choses.

 

Souvent un ami s'inquiète de votre absence ou de l'absence de nouvelles de vous, avant même que vous l'ayez alerté sur vos difficultés. De votre côté vous en voulez à un ami de vous laisser sans nouvelles et vous le relancez d'une ou l'autre manière avec inquiétude. A cela vous reconnaissez que vous considérez cette personne comme ami(e)

 

Je ne prétends pas avoir de nombreux amis, non. J'ai de la famille et la relation est alors sur un autre plan, et sans doute un ou deux amis. Ce qui est déjà bien quand on considère sur quel égoïsme se construisent les vies aujourd'hui. Et je ne prétends pas être seulement victime : la société nous conduit, nous contraint, nous oblige. Elle nous éloigne souvent trop pour qu'une amitié subsiste quand elle ne rend pas indifférent aux soucis des autres tant on est focalisé sur les siens propres.

 

Il y a une forme d'amitié, plutôt rare, qui permet à des personnes jeunes d'aimer leur relation avec une personne plus âgée et réciproquement. Un peu comme quand pour différentes raisons on se cherche une relation "parent / enfant" à laquelle on n'a pas vraiment eu droit avec ses propres parents /progéniture. C'est pourtant souvent une relation enrichissante d'une expérience morale, philosophique et parfois professionnelle qu'on ne pourrait trouver auprès d'une personne de notre génération, et ce dans les deux sens car si les "vieux" peuvent apporter beaucoup sur le plan général, les jeunes peuvent aider les anciens à comprendre le monde d'aujourd'hui, qui évolue si vite et si anarchiquement bien souvent.

 

Il se pose une seconde question : "Peut-on avoir de nombreux amis ?"

 

Je suis tenté de répondre que non. Parce que si on peut se rendre disponible au nom de l'amitié pour quelques amis, plus leur nombre s'accroît, plus la probabilité de ne plus passer une minute dans son lit s'accroît aussi. Mais en même temps s'accroît aussi la probabilité que vous soyez victime d'amitiés prétendues qui frôlent l'escroquerie.

 

On peut, dans certains cadres, avoir des amis "statutaires" ! En réalité l'amitié peut exister entre quelques membres mais c'est et j'allais dire "ce n'est que" la solidarité qui sera vraiment statutaire. 

 

On pourrait parler de l'amitié hommes / femmes sur laquelle on se pose souvent la question : est-elle possible, sincère ? N'y a-t-il jamais en arrière plan une connotation de désir ?

La réponse est personnelle, et même si je pense que heureusement entre hommes et femmes hétéros la connotation de désir n'est jamais totalement exclue, elle reste suffisamment à l'arrière plan pour qu'on puisse être amis même avec une personne de l'autre sexe douée de tous les atouts et charmes que la nature octroie parfois. Naturellement c'est plus difficile et parfois risqué, mais on n'a pas le droit de l'exclure et de s'enfermer dans des relations amicales strictement avec des personnes de son sexe. On imagine aisément que cette attitude a été à l'origine de la longue incompréhension entre hommes et femmes, et par voie de conséquence, (les hommes détenant la force physique et donc le pouvoir), le traitement des femmes comme individus de seconde catégorie.

 

Pour conclure sans conclusion réelle, je dirai que l'amitié c'est une relation amoureuse sans la sexualité. On aime la présence de l'autre, on aime discuter et même débattre, on aime partager les mêmes souvenirs et s'échanger livres et infos.

On sait qu'on peut compter l'un sur l'autre même si ça lui demande un effort et qu'on n'abusera jamais de cette amitié par intérêt, et que de notre côté nous ferons notre maximum pour nous rendre disponible et plus encore pour un ami qui en a besoin.

L'amitié, ce n'est pas se souvenir vingt ans après qu'on s'est prétendu ami en assistant pompeusement aux obsèques de l'ami défunt !

 

L'amitié c'est un don, c'est la rencontre de deux êtres "compatibles" mais différents et c'est pourquoi c'est précieux et rare comme l'amour lui même !

Par François - Publié dans : Philosophie - Communauté : Râler aide à devenir ZEN
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Commentaires

Coucou mon Tonton, je me permets de venir pour partager avec toi des reflexions qui ne sont pas les miennes mais qui me conviennent vraiment en matière de définition de l'amitié. C'est dans Petit traité de vie intérieure de Frédéric LENOIR que je les ai lues. Il écrit de bien belles choses sur l'amour et l'amitié. "Les traditions spirituelles et religieuses tendent à voir dans l'amour un sentiment que nous devons délivrer inconditionnellement à tous les êtres, et non l'attachement particulier que nous pouvons éprouver pour une personne bien définie. Or, l'amitié réelle entre deux individus est un lien personnel non pas avec des inconnus, avec "l'autre" indéfini, mais avec l'ami que l'on se choisit et qui nous choisit. Aristote est l'un de ceux qui ont poussé le plus loin la réflexion sur ce qu'il nomme "l'amitié parfaite", celle qui exige du temps,de la stabilité, des habitudes et des passions communes, un partage des plaisirs, et qu'il considère indispensable à l'être humain afin qu'il puisse être "heureux". L'amour d'amitié, philia en grec,écrit-il dans son Ethique à Nicomaque, constitue "ce qu'il y a de plus nécessaire pour vivre. Car sans amis,personne ne choisirait de vivre,eût-il tous les autres biens". ces amis, insiste-t-il, ne peuvent pas être en trop grand nombre,car chacun implique de notre part un réel investissement. aussi propose-t-il d'appliquer à l'amitié une juste mesure: "n'être ni sans amis, ni non plus avec des amis en nombre excessif". L'ami, le vrai,n'est ni celui que l'on croise de temps en temps à l'occasion d'un dîner, ni le camarade parmi d'autres avec qui l'on peut se distraire épisodiquement, un simple copain". on lui demandait "Qu'est-ce qu'un ami?" Il répondait: "Une seule âme résidant en deux corps". Cette vision de l'amitié, on la retrouve chez Cicéron: "L'essence de l'amitié consiste en ce que plusieurs êtres ont une même âme." L'ami c'est donc une sorte "d'âme-soeur", un être avec qui nous nous comprenons immédiatement, dont la présence nous fait du bien et avec lequel nous avons des projets communs qui nourissent notre relation et l'aident à grandir. Une dimension essentielle de l'amitié est la réciprocité: en effet, il n'y a de réelle amitié que si elle est réciproque: nous et l'ami que nous nous sommes choisi devons tirer le même plaisir de notre relation, partager réellement émotions et sentiments, sans que l'un se force à entretenir cette relation seulement pour faire plaisir à l'autre. L'amitié parfaite est au fondement du réel amour puisqu'elle est la rencontre avec "un autre soi-même, qui a pour rôle de fournir ce qu'on est incapable de se procurer par soi-même". L'amour d'amitié constitue en effet une double expérience de similarité et de complémentarité. Nous nous aimons parce que nos âmes se ressemblent. Et nous nous aimons aussi parce que l'autre nous apporte ce qui nous manque et que nous ne pouvons nous donner à nous même.

Voilà, mon cher Tonton, j'espère que le partage t'aura plû, j'aime beaucoup lire les mots de cet auteur, te conseille un p'tit détour par son p'tit traité, je t'aime, ta nièce Nat.

Commentaire n°1 posté par natalie le 01/12/2011 à 09h56

Je suis bien content de ne pas m'être asservi aux grecs (lol) et d'avoir pensé par moi même. Mais sans conteste nous aboutissons aux mêmes conclusions !

 

Et moi aussi je t'aime ma nièce chérie !

 

Réponse de François le 01/12/2011 à 11h45

Cet article m'a émue. Je l'ai lu dès mon réveil et j'ai pensé quelques minutes, successivement, à ceux et à celles que je considère comme mes "ami(e)s." Pas pour faire un inventaire. Ils ne sont finalement pas si nombreux. Je me suis remémoré(e) certains évènements partagés, jubilatoires, agréables, moins agréables, douloureux parfois. Certaines confessions, même les moins glorieuses,  qu'il  n'est possible de faire qu'à des amis parce qu'on sait qu'ils ne nous jugeront pas, qu'ils nous passeront un savon au pire ou qu'ils nous aideront à avoir une autre analyse qui  soulagera notre mauvaise conscience. J'ai repensé à leurs actes surtout. Aux preuves qu'ils m'avaient données du souci qu'ils avaient de moi, même éloignés géographiquement, même n'ayant pas pu communiquer pendant une période assez longue. Et... j'ai fondu en larmes de me découvrir si RICHE de ces amitiés là.

Commentaire n°2 posté par Catherine Melin le 01/12/2011 à 10h40

Eh bien je suis heureux que tu aies pleuré de plaisir ou d'émotion. Les émotions sont la vie même, et posséder des amis auxquels on appartient aussi est la plus grande réussite sur terre. Ma nièce à mis en commentaire un texte qui me conforte et qui est plus "savant" mais qui mérite d'être lu !

 

Réponse de François le 01/12/2011 à 11h48

Je vais le lire.

Commentaire n°3 posté par Catherine Melin le 01/12/2011 à 11h53

Oui j'apprécie bcp le commentaire de ta nièce . Totale adéquation.

Commentaire n°4 posté par Catherine Melin le 01/12/2011 à 13h28

Laissez moi vous dire

Je suis donc né en pleine guerre, j'ai mémoire des privations de l'après guerre qui ont quand même duré jusqu'en 1950, j'ai connu la période du plein emploi, même si personnellement j'ai choisi -après trois expériences en entreprises - et une expérience syndicale, de devenir artisan, puis de nouveau salarié pendant vingt ans, puis (mais cette fois licencié à 50 ans pour raison d'économie) de reprendre ma carte d'artisan pour les 15 années qui m'ont menées à aujourd'hui et donc à la retraite au vrai vieil âge prévu en juin 36.
Après les trentes glorieuses on peut dire que j'ai connu les trente miséreuses, moins écoeuré par les patrons et autres capitalistes qui jouent leur rôle dans leur cour, que par les "petits cadres" et autres jeunes blancs becs au griffes recourbées et aux canines aiguisées qui rayent les planchers et qui croient vraiment pouvoir gravir l'échelle en faisant tomber ceux qui sont au-dessus, qui d'ailleurs y parviennent parfois, mais qui finissent par devenir des cibles et se font dégommer bien avant le sommet. Et tous ces trous du culs nés de rien s'imaginent que, parce qu'ils gagnent ponctuellement dix fois le smic, ils peuvent aller jouer dans la cour des grands et chier sur le nez de leurs congénères. C'est dégueulasse et c'est très con, car les intérêts d'un employé - quel qu'il soit - ne se confondront jamais avec ceux d'un capitaliste membre du conseil d'administration et actionnaire important de la boîte, c'est à dire déjà riche au delà des espoirs de nos petites fiotes. Par pitié, ami lecteur, sache à quel monde tu appartiens, d'où tu viens, qui tu dois défendre. Car le jour où de nouveau on va couper quelques têtes pour redresser la barre, on ne se contentera pas de tondre des putains et de donner des places de préfet aux collaborateurs. Une fois a suffit !

 
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