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Je vous invite, si vous ne l'avez jamais lu dans un cabinet médical, à rechercher et lire le serment d'Hippocrate. Ce sera un bon départ pour comprendre mon ire.

Parce que notre généraliste nous y invite, nous allons voir notre cardiologue. Le coeur, outre les sentiment qu'on lui a fait porter, est le symbole de la vie et de la mort. Il est donc évident que suite à pareille injonction nous ne différons pas le rendez-vous, d'autant que le praticien - grande âme - qui prend d'ordinaire ses rendez-vous entre neuf et douze mois à l'avance, accepte de nous recevoir de suite comme étant connus de lui.

Première mauvaise surprise, la secrétaire réclame cent cinquante euros. Nous qui taxons notre ophtalmologiste de cherté quand elle prend soixante cinq euros par personne...

Pour ceux qui n'ont pas de machine à calculer dans la  tête, cent cinquante euros représentent mille francs à trois pouillèmes près. Mais si l'on préfère ça représente pour beaucoup de gens le quart de leur loyer mensuel. Bref : c'est cher.

Est-ce légitime ? Voilà une question qui pourrait donner lieu à des développements intéressants, car il est évident que si vous refusez de verser cette somme le médecin ne vous recevra pas. Or ce médecin, comme les autres, à prêté le serment d'Hippocrate.
 
Nous voilà donc dans une médecine à deux vitesses, d'emblée, car le dépassement d'honoraires ne sera pris en compte ni par la sécurité sociale ni par les mutuelles, or il est élevé.

Tandis que le praticien pérore en gesticulant de façon ridicule,  je lui fais observer amicalement qu'à son tarif bien des gens ne peuvent se faire soigner, quand il s'étonne qu'étant diabétiques nous n'ayons pas notre "diabétologue."
"Les généralistes sont des ânes et chacun doit avoir les spécialistes de sa maladie voyons..."
Et un rhumatologue ne s'occupe pas de rhumes, attention je vous prie !

Il pérore encore un peu et affirme qu'il devrait être encore trois fois plus cher, qu'il sauve des vies tous les jours ! Je ricane :  c'est vrai pour les urgentistes, mais je vois mal un spécialiste qu'il faut attendre neuf mois minimum, prétendre sauver des vies. Ou alors il les sauve au même titre que le bon samaritain qui vous conseille de ne pas abuser du tabac et de la bouffe, il ne s'agit alors que de prévention. En tout état de cause une consultation n'a rien d'un acte chirurgical de haute volée et ne lui prend pas plus de temps qu'au généraliste. Seule différence : il utilise, et possède donc, plus de matériel spécialisé. Quant à savoir si l'amortissement en est aussi bref que les lampes d'un radiologue, je n'en sais rien, mais j'en doute, car j'en ai vu et été examiné avec du matériel plus sophistiqué il y a déjà plusieurs années, par un de ses collègues, plus jeune, moins présomptueux, mais certainement aussi compétent.

Certes, sauf affection grave on ne consulte pas un cardiologue tous les jours, mais avec les raisonnements que celui là tient, nous devrions avoir un phlébologue attitré, un phrénologue habituel, un oncologue à tout hasard, un diabétologue comme déjà dit, mais aussi et pourquoi pas un sexologue, un urologue, bien entendu un ophtalmologue, un pneumologue évidemment  surtout pour nous les anciens fumeurs etc etc. Et à défaut de payer souvent des sommes astronomiques à l'un d'eux, nous les paierions - si nous en avions les moyens -, à toute une cohorte d'incapables à raison d'un tous les deux ou trois jours, sans parler des laboratoires, scanners et autres radiographie évidemment. Je préfère ne pas m'étendre sur la compétence des Oto-rhino par exemple, après en avoir consulté deux à sept cent kilomètres de distance pour obtenir la même incapacité à établir un diagnostic mais la même avidité financière aussi. Je suis toujours victime des mêmes problèmes, mais j'ai renoncé à en consulter d'autres puisqu'à l'évidence ce ne sont que des abuseurs de situation incompétents

Mais revenons à ce malade mental, ulcéré que j'aie mis ses tarifs en exergue sur un ton de reproche, il m'accuse de bénéficier de la générosité de la société (que lui, ruine sûrement) puisque je suis pris en charge à 100% pour les maladies de longue durée, oubliant au passage que j'ai cotisé et cotise toujours pour que la pauvre sécu lui verse des émoluments indus qui, outre l'entretien de ses maîtresses, lui autorisent des investissements d'ailleurs plus marchands que médicaux, dans des établissements de santé, de soins ou encore de prévention, où des praticiens plus jeunes et désireux de se faire connaître paieront pour exercer sur la base de sa notoriété.

Il oublie aussi que l'essentiel de ses honoraires étant en dépassement, ils ne sera pas  pris en charge du tout. Mais comme il pète une durite (grave pour un cardio) et se prend pour un grand patron si pas pour Dieu, (non, Jaweh, il est juif), il assure que pour un génie comme lui, parvenu au sommet de son art par une longue pratique (et beaucoup de morts, dont mes deux parents) tripler ses honoraires serait encore trop peu.

Comme il a pris un rendez-vous galant durant la consultation, j'évite de le retenir trop tard : après tout il nous a fait l'aumône de nous recevoir sans rendez-vous véritable, et il doit rappeler cette personne dès notre départ. Il ne faut pas déranger les démiurges, non plus, ils risquent de s'en sentir lésés.

Mais je crois que je vais retourner voir un spécialiste plus modeste, à la fois pour mon portefeuille bien aplati, et pour mon moral bien tourmenté par ces accusations d'abus de la générosité de la société. J'ose à peine imaginer ce qui passe dans la tête de ceux qui doivent recourir à la CMU, si jamais ils trouvent un médecin qui l'accepte.

Je vais publier cet article dans la rubrique "humanisme" de mon blog, mais elle a sans contestation possible un aspect politique. Quelles autorités et soutenues par quels politiques, font qu'il est possible qu'un individu vivant des cotisations (et extorsions obtenues de) des pauvres hères que nous sommes, puisse s'arroger le droit de pratiquer des tarifs sans rapport avec le service rendu ? Comment se fait-il que la publicité des prix d'un spécialiste comme celui-là ne soit pas obligatoire ? Les médecins n'ont pas droit à la publicité, les cliniques oui, et puis les généralistes qui les promeuvent devraient à tout le moins avertir leurs patients, et pour cela être eux-mêmes informés..

Le thème des années sacrifiées par les spécialistes à faire des études longues, ne fait ressortir que cela que, dans la plupart des cas, il appartiennent à des familles aisées et ont bénéficié de l'enseignement de la nation.
S'ils avaient la moindre honnêteté intellectuelle et la mémoire de tous leurs ratages durant leur internat, ils seraient sans doute moins prétentieux.
Mais il semblerait que la réussite financière gomme toute trace des insuffisances, incompétences et autres prévarications volontaires. En somme, à l'imitation de Madoff (j'ai bon ?) il faut plus être connu que reconnu, et se goinfrer jusqu'à satiété empêche la plupart du temps les petits, les sans grades, d'oser mettre en question votre légitimité : "si ce n'était pas dû, il y aurait bien des gens haut placés qui se seraient insurgés, qui auraient modifié les lois..."

Mais non mes chers amis, les gens "haut placés" ont de quoi payer et fréquentent les mêmes golfs, voyons. Croyez-vous qu'eux aussi, chacun dans sa spécialité, vaut le quart du dizième de ce qu'il gagne ?

Tag(s) : #Humanisme

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