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Je parle évidemment d'une charge émotionnelle. De souvenirs attachés. De nostalgie parfois oui, mais pas seulement.
Dans ces objets qui nous entourent, et qu'on déménage si nécessaire pour toujours en être proche, il y a aussi autre chose, une chose magique, un lien avec des gens. Des gens qui sont loin, qui sont sortis de notre vie ou qui ne sont plus.

Un inventaire à la Prévert

Commençons par le moins important. Le plus choquant ? Plus de nos jours. Un cadeau de femme évidemment car, si elles nous reprochent d'être des obsédés, elles ne sont pas les dernières à souligner cet aspect animal de nos comportements.


Il y a bien sûr le mur. Dans ce bureau qui était mon lieu de travail-bureau avant ma retraite d'artisan, des visages surtout et quelques objets de ces "hochets de la vanité" qui, comme dirait Achille Talon du regretté Greg, permettent de "se brosser le nombril avec le pinceau de l'indifférence." Frère, soeur, parents, enfants et petits enfants ont envahi cette surface à côté de souvenirs de voyage ou d'exhibition.
Il y a aussi un crane pour me rappeler sans cesse que rien de ce que nous faisons ou disons ne porte plus loin que notre vie précaire et celle aussi précaire de ceux qui nous connaissent. Dans le rituel d'initiation maçonnique le crâne est présent, avec d'autres objets symboliques, dans le "cabinet de réflexion," première épreuve des quatre éléments, qui symbolise la terre, la mort en attendant la renaissance, comme le grain mis en terre qui germera et donnera une plante nouvelle.
La photo aussi d'un moment heureux avec un ami lui aussi disparu : Pierre Demullier, ancien pharmacien qui, las de cette condition, s'était recyclé en accordeur de piano. Ici nous étions chez un ami artiste et nous avions fait une sorte de "boeuf" à deux autour d'un thème de jazz.


Il y a des objets qui ont appartenus à mon père et qui ne sont certes pas nécessaires à ce que je me souvienne de lui, mais il les a voulus, touchés, utilisés. Comme ce microscope fabriqué dans l'ex union soviétique, où avec les optiques et objectifs interchangeables se trouvent quelques plaques et surtout deux micromètres, c'est à dire des plaques porte-échantillon sur lesquelles est gravé un millimètre divisé en mille parties. Le micron est sensiblement la limite de résolution de l'objet qui, pour les soviétiques, n'avait qu'un caractère scolaire.


Une épée de parade. Elle a perdu beaucoup de sa superbe. Petit, je me souviens que la poignée était entièrement enserrée de fil d'or au lieu du bois qu'on peut apercevoir. Elle a appartenu au Général de Langourian qui durant la commune s'est retrouvé enfermé avec Chanzy et que mon grand père à libérés. A la mort de Langourian cette épée à été apportée à mon grand père  (Lieutenant colonel major) avec un mot posthume du général qui tenait à lui en faire don. Comme je l'avais prise, encore adolescent, pour la mettre, déjà, au dessus de mon bureau, elle a échappé à la folie sénile de ma grand mère qui, encombrée par les dizaines de sabres, massues et épées que son mari avait rapporté de ses différentes campagnes, les a offerts à la veuve du colonel Delaroque, ce qui m'a arraché le coeur.



Ceci est le souvenir d'un homme qui fut mon ami. Edouard Schwob, contrairement à ce que son nom laisse supposer, était canaque. Sans doute un ancêtre avait laissé son nom en provenance d'Alsace, mais il était canaque et se promettait de finir ses jours à Nouméa. Il est mort avant.
Ce carquois et ces pointes de flèche, harpon,  lance de guerre et  lance de chasse, ne viennent cependant pas de Nouvelle Calédonie, mais d'Afrique où son propre frère a vécu et est mort lui léguant quelques souvenirs. Celui-ci, il me l'a offert pour que quelqu'un puisse témoigner un jour de sa propre existence bien sûr, mais aussi du travail surprenant de finesse dont sont capables les peuples dits primitifs. Je devrais sans doute les nettoyer, mettre mieux en valeur, mais j'ai peur de dénaturer ces objets. (Ils datent de bien avant guerre)


Un souvenir plus personnel : Un oscilloscope double trace qui vieillit gentiment sur un meuble. Il me fait souvenir de mon métier d'ingénieur avant que les aléas de la vie me conduisent à redevenir artisan. C'est donc le symbole d'une partie de ma vie, comme pour mon père c'eut sans doute été une règle à calcul que les non initiés avaient bien du mal à comprendre. Une règle à calcul "spécial radio" avait d'ailleurs été un de mes premiers cadeaux de sa part, mais elle a eu un sort funeste avec l'apparition des machines à calculer.


Enfin, juste pour marquer l'évolution rapide de la technologie, une partie de mes premiers téléphones GSM sortis d'un dessus de meuble et couverts de poussière.
Sans compter celui qui me sert aujourd'hui il devrait y en avoir cinq de plus qui ont servi de jouets à mes petits fils. Mais ici sont les plus anciens comme le Philips et le Nokia, dont j'ai éclaté l'écran en claquant la portière de ma voiture alors qu'il était accroché à mon ceinturon.
Certains sont plusieurs fois tombés de toits où je travaillais, s'éclatant au sol et fonctionnant encore après rassemblement des capots, batterie et autres accessoires. Un autre est tombé sans éclater mais dans une flaque de boue de jardin privatif au bas d'un immeuble, et c'est l'eau qui en a pourri le petit HP au bout de plusieurs jours, car il fonctionnait encore quand je l'ai récupéré et séché au sèche cheveu.

 

Et puis naturellement il y a tous les objets, les photographies, qui nous servent de référence pour nous souvenir que nous fûmes aussi des enfants; à commencer par un carnet de notes :

qui souligne la difficulté du travail des enseignants quand nous étions entre 41 et 43 par classe. Ceux d'aujourd'hui pourraient l'avoir oublié.

Et ces photos qui soulignent l'appartenance à un clan, une famille, un groupe. On sait d'où on vient, et ces images qui sont un don du 19° siècles car le vulgum pecumcomme nous n'aurait jamais eu les moyens de faire faire des portraits sans la photographie, sont trop mal traitées à mon avis.
Au moins quelques unes, pas toujours récupérées en bon état, symbolisent des moments clés de nos vies dans des époques charnières comme ces années cinquante et soixante qui, après guerre, furent l'époque de la guerre d'Indochine, de celle d'Algérie, de l'arrivée de la cinquième république avec de Gaulle et de l'abandon successif de toutes nos colonies livrées à elles mêmes, certes, mais surtout à des dictateurs qui ont pillé leurs pays respectifs et les ont vendus sans scrupule aux multinationales pour extraire le diamant, l'or, le pétrole, cultiver le caoutchouc, exploiter le bois... la liste serait longue et ça continue de toute façon.

Nous pouvions nous y attendre car l'histoire nous enseigne, si on la sait bien sûr ! Les esclaves emportés en Amériques et vers les îles n'étaient pas "capturés" par les blancs, ne croyez pas ça : ils étaient achetés aux noirs de grande taille vivant au bord de l'océan qui allaient chasser des hommes et femmes de tribus de plus petite taille (question d'alimentation, pas de pêche à l'intérieur des terres dans la brousse ou la savane) à l'intérieur des terres, les guerres tribales étant le lieu commun et vendre des "ennemis" au lieu de les tuer simplement devenait rentable. Quelques fines bouches noires d'aujourd'hui devraient se souvenir que peut-être ils n'existent que parce que l'esclavage a existé, sinon leurs ancêtres seraient morts sans descendance. Ce qui n'excuse en rien l'esclavagisme, mais vu d'aujourd'hui ça n'a tellement aucun rapport avec la pensée des siècles précédents, quand les Arabes avaient régulièrement des marchés aux esclaves où ils vendaient même des Roumis, mais pas seulement, et encore avant quand les Romains et les Grecs pratiquaient de même. C'est tellement facile quand on a tout le confort, même en étant con, de critiquer ceux qui vivaient avant que le confort soit le lot commun.

Mais "nil novi sub sole" rien de nouveau sous le soleil comme disait l'ecclésiaste.(Salomon)


Maman dans ce qui, pour l'époque, était le signe des geeks. 1956 avec la radio et la télévision, mais aussi dans le meuble de droite le précurseur de ce qui serait plus tard
la haute fidélité (le meuble était un ancien poste radio à batteries. Il intégrait un tourne disque.)



Barcelone 1957. C'est encore le Franquisme pur et dur. Papa est venu rencontrer des radios amateurs locaux et je suis là pour "le surveiller" Une voiture de tram d'entretien face à ma chambre du Balmes hôtel, calle Balmes, et dessous, une heure à la piscina deportes avec lunettes et tuba, comme beaucoup de gosses. Avec la monnaie qui en France m'aurait permis d'acheter un esquimau glacé, je pouvais prendre un taxi et aller à la piscine ou au Tibidabo (Et mon père courir la garce ?)




1958. Ma soeur nous fait un beau garçon et je deviens tonton. Durant les trois ans que nous le garderons à la maison parce que ma soeur travaillait, j'étais en charge de le conduire gare du nord le vendredi soir pour le rendre à sa mère qui le ramenait le dimanche soir. Je ne l'ai revu récemment que pour l'enterrement de sa mère que lui même n'avait pas revue depuis des mois. Pas facile d'être l'aîné on dirait !
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Les vacances en camping à Notre Dame de Monts avec mon frère rentré d'Algérie

 Avec la Dauphine verte 2246 BV 78 que nous nous sommes échangée jusqu'à sa fin ,la pauvre titine
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J'ai été militaire aussi, plus tard, en 1963 où déjà je sonorisais les vieux cons lors d'un changement de colonel. Je me souviens même du nom de l'un d'eux : Boscals de Réal


Mais aussi, quand on est capable de porter la terre à bout de bras.... Question de sens hein !


Et le temps passe, trop vite, 67 je suis marié, 69 ma fille a un an. Ici avec mon père dans ma maison natale. J'étais artisan, les césariennes de ma femme en 68 et 72 m'ont endetté ainsi que sa fausse couche en 70 car je n'étais pas assuré social. Certes, c'était devenu obligatoire depuis 68 mais trop tard pour la première et je n'ai rien fait pour me mettre en règle à l'époque. Quand j'ai repris un travail salarié en fin 73-74 la caisse maladie artisanale informée de ma radiation et donc de mon existence, voulait me faire payer cinq ans de cotisations; je les ai avertis que j'avais cinq ans de factures de cliniques, médecins et hôpitaux à leur disposition et que donc ils allaient me devoir de l'argent. Je n'en ai plus jamais eu de nouvelle.
Il est évident qu'il y a deux périodes pour ruiner les caisses maladie : les débuts d'un couple avec les naissances et maladies infantiles, et les fins de vie avec les maladies devenues sans espoir comme mon diabète.



Tag(s) : #Nostalgie

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