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Cérémonies officielles des AC

Quand nous avançons dans la vie, outre que chaque jour nous rapproche de notre propre fin en nous blessant un peu, nous sommes confrontés à la fin des autres.

Pour l'exorciser, nous avons imaginé des cérémonies dans des cadres religieux, ou non désormais, en sorte qu'on puisse tourner la page.

C'est un peu pour poser la question de l'utilité de ces cérémonies pour des non croyants comme moi que j'écris cette entrée joyeuse, mais aussi avec une arrière pensée politique.
Plus exactement un étonnement devant l'inconscience que semblent avoir les politiques, qui s'acharnent pour accumuler responsabilités et argent, comme s'ils devaient s'occuper des prochaines centaines d'années, pour eux mêmes, car on sait comment ils s'occupent des autres.

La précarité de la vie - sans même parler de maladies ou d'accidents - est telle qu'on en viendrait à comprendre certains philosophes clodos qui ont choisi la non responsabilité, non possession.

Petit, j'habitais avec toute ma famille une grande baraque en face de laquelle se trouve toujours plusieurs petits immeubles. Ce qu'on appelait comme ça jadis car ça ne ressemble pas à ce qu'on nomme ainsi maintenant. Trois niveaux, des escaliers cirés. On parlait plus jadis de "maisons de rapport".

Curieusement je n'ai jamais connu et ne me suis jamais inquiété de connaître le propriétaire d'aucun de ces immeubles. Pourtant c'était si près !

Si je fais allusion à ces immeubles c'est qu'y vivaient des gens bien sûr, des grands mères, des parents, des gosses de mon âge y compris de jolies petites filles...

Mais je m'éloigne de mon sujet là, on va me censurer. Donc cet environnement était le mien en ces années d'après guerre et ces gens, les adultes de l'époque, représentaient pour moi l'autorité et symbolisaient un peu tous ceux qui faisaient et dirigeaient le monde alors que nous sortions de l'enfer.
09-10-24-10-18-49.jpgJe fus enfant aussi, non mais !

Il y avait là des italiens, des provinciaux d'origine, des juifs qui avaient réussi à traverser la guerre sans se faire prendre grâce à  la complicité de tout le quartier. Des gens très bien, des gens moins bien. Mais ce n'est pas le sujet.

Il n'est pas difficile d'imaginer que, n'ayant jamais vraiment quitté mon coin puisque j'habite aujourd'hui encore dans une ville accolée à celle de ma naissance, j'ai vu disparaître tous ces gens un à un pendant que les enfants se sont éparpillés.
Les Fantinuto, Mustoni et la Revani, grand mère de Gina, une des premières femmes que j'ai vues fumer dans la rue. Mais aussi les Guignard, Carré ...

Cancers, suicides, vieillesse, arrêts cardiaques, chagrin aussi de ceux dont la fille s'est prostituée...

A gauche de ces immeubles, après une allée conduisant à une auberge avec tennis et bordée de maisons, il y a une belle propriété. Les propriétaires  qui l'avaient faite construire à l'époque étaient fortunés et on aurait pu les croire heureux. Et puis elle est morte d'un cancer, et puis il s'est pendu de chagrin dans son garage. Et nous les gosses entendions les adultes dire entre eux sans vraiment se méfier des petites oreilles qui traînent, alors que la police et des ambulanciers décrochaient le corps pour l'emporter : "Se tuer pour cette salope qui l'a fait cocu toute sa vie... ...quelle ironie !"

Mon cousin Daniel mort à vingt ans dans un accident de voiture, j'en avais vingt et unscan505

C'est que vivre c'est bien, s'enrichir aussi; pourquoi le nier ? Mais ce n'est que contrat à durée indéterminée certes, mais limitée. Ensuite, et je dis ça pour ceux qui croiraient qu'ils vont laisser d'eux une image; admirable comme la statue du gouverneur; ce sont davantage les saloperies qu'on a pu faire dont on se souviendra plutôt que de ses petites vanités. Et encore, pour peu de temps :  la génération suivante tant qu'elle aura encore un peu de  mémoire et éventuellement quelques bouquins si vraiment on a volé (dans tous les sens du terme) dans les hautes sphères.

Qui se souvient du travail abattu par le père Fantinuto ? vitrier et peintre de métier dont les chantiers de l'époque ont dû, depuis, être refaits trois fois au moins. Par contre ceux qui se souviennent, se souviennent surtout qu'il est mort d'alcoolisme et bien avant l'âge "normal"

Le père Chauveton suicidé après la mort de sa chère et tendre infidèle, des gens qui n'avaient pas de descendance.  Je sais qu'il était riche, mais je ne sais pas dans quoi il grenouillait ; par contre je me souviens de cette mort hideuse et ridicule de cocu magnifique, mourant d'amour au sens littéral, pour une chienne en chaleur.

Tous ceux qui nous dirigent ou croient le faire, et qui ont surtout des visées personnelles de réussite sociale, devraient être invités et aller aux obsèques des gens qui ont été leurs voisins; (s'ils n'ont pas été élevés dans un cocon à l'abri de l'environnement).

Plus des trois quarts des habitants de la France (et du monde) au moment de ma naissance sont morts aujourd'hui. Quel massacre ! Et pourtant rien que de naturel : le temps qui passe !
 Avec les années et en y ajoutant nos propres morts, ce sont des centaines de morts qui se dessinent sur tous les bâtiments propriétés et villas de ce quartier tranquille.
Les nouveaux occupants ignorent tout de la vie du quartier dans ces années de ma jeunesse, comme moi j'ignore tout de ceux qui l'habitaient au début du siècle. Le vingtième bien sûr, je ne suis de passage dans l'actuel que brièvement et pour finir.
Quoi qu'il en soit, ça relativise notre prétendue importance ! Ça permet de se remettre en cause en tant qu'individu ayant des prétentions à l'intelligence, et de même nos actes qui seront provisoirement une trace derrière nous.

Bon, on rigole, on rigole et je perds le fil de mon sujet. Moi j'ai signé un contrat pour être incinéré sans cérémonie. Je sais que beaucoup ne sont déjà pas d'accord avec la crémation, mais franchement c'est plus propre. Alors après il y a le travail de deuil !!

09-06-17-13-57-04.jpgMa grande soeur partie en décembre 2008. Ici avec un de ses petits fils


J'ai perdu beaucoup de monde dans ma propre famille au cours des années et je ne pense pas que parler de deuil m'est étranger. Pourtant je reste sceptique sur ces traces précaires (plus de concessions de longue durée) et sur leur utilité. Les gens que j'aime (car je n'ai pas cessé de les aimer sous prétexte qu'ils sont morts) ont une place dans mon coeur, (comme on dit poétiquement,) et je n'ai pas du tout besoin de regarder une pierre tombale en imaginant horrifié la pourriture dessous : "Vous n'êtes que des sépulcres blanchis !"
Mes morts vivent toujours en moi, les restes physiques qui traînent derrière eux et qui sont répugnants ne m'inspirent rien de bon, et surtout n'apaisent en rien la douleur de l'absence. Douleur qui va s'apaisant avec le temps, heureusement, mais le souvenir et l'amour restent aussi vifs : eux ne s'apaisent pas et c'est une bonne chose : c'est alors que nous serions véritablement orphelins.

Mais revenons sur la notion de cérémonie. Bien entendu pour des gens religieux elle est nécessaire s'ils sont persuadés que sans cette cérémonie leurs morts n'auront pas la paix. Mais les miens - je parle des enfants - n'ayant pas été élevés dans cette illusion, n'auront pas ce sentiment de trahison. Ils se retrouveront en tête de liste comme je l'ai été, et avant moi toutes les générations d'hommes. Ils ne pourront plus me demander comment s'appelait telle personne ou quand nous avons fait tel voyage. C'est aussi ça l'absence : ce sentiment qu'on a oublié de poser tellement de questions; plus ou moins vitales quand même hein !
Les cérémonies funèbres sont des réunions familiales obligées, et coûteuses parfois, qui peuvent flatter les survivants comme témoignage d'amour ou de respect pour le défunt, j'en conviens, mais qui sont par ailleurs complètement superflues de mon point de vue.
Comme l'habitude existe depuis toujours, ne pas la respecter comme je m'apprête à le faire peut paraître choquant; mais il faut bien initier les changements, surtout quand ils sont si ancrés dans des traditions qu'on croit respectables.

Je n'oublie pas, toutefois, que durant les conversations autour des obsèques on n'entend pas toujours que des compliments au sujet du décujus.
Oh ! On est venu pour la famille, honorable et tout, mais lui là, il n'avait pas que des qualités... Je refuse d'être un prétexte à dépenses, mais je veux aussi m'éviter ça. On aura dit assez de mal de moi pendant ma vie, je n'ai pas besoin qu'on verse de la bile sur un cercueil fragile destiné au feu.

Pour mes enfants, qui très probablement m'aiment d'une certaine façon, je préférerais laisser de moi un souvenir plus utile ; une histoire de la famille par exemple, y compris la période de leur enfance dont probablement ils (elles dans mon cas) ont peu de souvenirs.
Mes petits enfants se consoleront d'autant plus vite qu'ils ont moins partagé ma vie, mais aussi qu'on ne les aura pas "traînés" dans une cérémonie macabre et démoralisante.

Journal d'époque où n'est pas dit ce qu'on disait d'elle dans son pays !
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Nous ne faisons vraiment sur terre qu'un bref passage auquel nous accordons bien trop d'importance. Ne serait-il pas plus utile de tout faire pour profiter de la vie au maximum pendant que ça dure, plutôt que d'être tournés vers cette idée utopique et nouvelle (deux mille ans pour un globe de cinq milliard  d'années) d'une sorte de survie d'une supposée âme.

Il est toujours joli, le temps passé
Les morts sont tous de braves types
(Georges Brassens)










img499.jpg                          Mon oncle Emil entre deux copains ss
                         (frère de ma mère) Mort sur le front Russe (côté allemand bien sûr)

Tag(s) : #Philosophie

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