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J'assiste depuis quelques années (et j'ai même participé) au combat désespéré de mon ami Yves de Closets pour prolonger la mémoire de Gilbert Bécaud.

 

Mon artiste préféré à moi, même si je suis jadis allé voir Bécaud à l'olympia et si je ne suis jamais allé le voir lui, c'est Brassens. (Mais j'avais tous ses disques)

 

Les artistes passent, parfois leurs chansons restent, d'autres fois non. Parfois aussi de nouveaux artistes chantent ces "vieilles chansons" et soit dans leur état d'origine, soit avec un nouvel arrangement musical, soit parfois sans le moindre respect du travail original du créateur et du compositeur, font connaître ces textes aux nouvelles générations qui ne font pas forcément le lien avec le "temps" de leurs parents ou grands parents (voir Bruel).

 

Je suis dans ma soixante dixième année et mes premiers univers musicaux, ceux de la radio RTL et du disque 78 tours de l'après guerre étaient ceux qui ont inspiré Georges Brassens qu'il s'agisse de chanteurs compositeurs comme Charles Trenet, d'opérettes comme les opérettes marseillaises ou celles chantées par les Guétary et autres Mariano ou Dassary.

 

Mais il y avait tous ces chanteurs qui avaient commencé leur carrière bien avant guerre comme Edith Piaf ou Milton et je serais bien prétentieux de vouloir, ne serait-ce qu'évoquer, la "galaxie" de ces étoiles disparues, dont le nombre; malgré l'absence de médias comme la télévision et de tricheries comme le play-back; est considérable, et dont les noms m'échappent quand je veux les saisir malgré la mémoire très vive que j'aie de leurs prestations, qu'il s'agisse de Rina Ketty ou de Joséphine Baker.

 

L'année de mes dix huit ans, avant de rejoindre l'armée, j'étais fan de groupes musicaux sans chanteur (en plus de Brassens qui démarrait) Les Shadows avaient ma préférence mais pas seulement et en dehors de "Apache" qui reste leur titre phare je suppose, j'ai mémoire d'autres groupes comme les tornados jouant "Telstar" en l'honneur d'un des premiers satellites artificiel ayant une utilité télévisuelle, ou "Orange blossom special" par les Spoutniks (on reste dans le thème)

 

La majorité des musiciens concernés et des chanteurs de l'époque sont passés de l'autre côté aujourd'hui, et les plus jeunes ont mon âge au moins. Un des plus récemment parti est le fils Grandin qui aura surtout laissé comme titre souvenir "Biche oh ma biche" J'ai été l'employé de son père dans ces années là où un copain de boulot m'a fait admirer Aznavour dont il était fan. 

 

Aznavour qui est toujours là, mais bon, c'est quand même un rescapé et j'aurais pu en dire autant de Henri Salvador qui s'est décidé à prendre la route il n'y a guère.

 

Tout ça pour dire qu'au fond, s'agissant de gens pour qui la notoriété était de première importance et source de leurs revenus, tout n'est véritablement que vanité, et les générations nouvelles se foutent bien de ce qu'ont aimé les anciennes. Nos jeunes découvriront bien assez vite que leurs idoles fringantes vieillissent au même rythme qu'eux, que la fraîcheur de la jeunesse est très précaire, et que finalement seules les paroles - quand elles ont du sens - peuvent traverser les temps indépendamment de leur auteur ou de leur chanteur, de la musique qui les accompagnait parfois aussi.

 

Gilbert Bécaud était avant tout un homme de scène et un grand interprète, peut-être trop, et ayant tellement marqué ses chansons nul n'ose reprendre les titres, sauf comme Yves sous le nom d'Olivier Sorel à se faire le sosie de Gilbert et à reprendre ses gestes, mimiques et expressions en plus du costume et de la cravate.

 

J'ignore si les textes chantés par Bécaud doivent être impérissables; ils étaient très beaux et chantés sur une belle musique, mais hélas il y a les phénomènes de mode. Quand la mode change avec l'arrivée des jeunes et leur pouvoir d'achat, il est inutile de faire des efforts : on ne peut pas rapper sur Bécaud, on ne peut pas faire du Hip Hop sur sa musique, et les thèmes de l'amour, de la séparation, des joies de la jeunesse etc. sont traités depuis la nuit des temps et n'apportent donc rien de nouveau dans un univers jeune qui veut sans arrêt être surpris, bousculé, choqué aussi.

 

J'en viens parfois à penser que les chanteurs perdent leur temps en chantant en anglais des chansons aux textes débiles et de toute façon incompris par leurs auditeurs.

En somme, ce qu'aiment ces gens là ce n'est pas la chanson mais bien la musicalité de la voix. La voix considérée comme instrument au même titre que le concerto pour une voix de Saint Preux. Autrement dit, comme moi dans ma post adolescence, ils préfèrent la musique aux paroles et n'ont pas l'ambition d'être enseignés par des artistes mais simplement charmés.

 

Et voilà sans doute pourquoi Mozart, Bach, Beethoven, Vivaldi ou Mendelssohn continuent bien après leur mort d'être admirés, joués, interprêtés et transposés pour des instruments modernes avec tous les joueurs de Luth des siècles précédent, les souffleurs de fluteau et autres violeux dont les noms sont perdus, mais dont la musique devenue "thème populaire" demeure et est réutilisée par des compositeurs actuels.

 

On parle encore (rarement) de Maria Callas la diva, qui n'était qu'une interprête avec une voix magnifique, comme on peut évoquer Caruso qui avait bien avant enregistré un ou deux airs sur des cylindres de gramophones. Mais la voix seule (et surtout bien sûr quand on n'en a pas de traces) quels que soient les éloges qu'elle a suscités en son temps, n'est certes pas une garantie de mémoire !

 


Tag(s) : #Philosophie

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