Je suis donc né en pleine guerre, j'ai mémoire des privations de l'après guerre
qui ont quand même duré jusqu'en 1950, j'ai connu la période du plein emploi, même si personnellement j'ai choisi -après trois expériences en entreprises - et une expérience syndicale, de devenir
artisan, puis de nouveau salarié pendant vingt ans, puis (mais cette fois licencié à 50 ans pour raison d'économie) de reprendre ma carte d'artisan pour les 15 années qui m'ont menées à
aujourd'hui et donc à la retraite au vrai vieil âge prévu en juin 36.
Après les trentes glorieuses on peut dire que j'ai connu les trente miséreuses, moins écoeuré par les patrons et autres capitalistes qui jouent leur rôle dans leur cour, que par les "petits
cadres" et autres jeunes blancs becs au griffes recourbées et aux canines aiguisées qui rayent les planchers et qui croient vraiment pouvoir gravir l'échelle en faisant tomber ceux qui sont
au-dessus, qui d'ailleurs y parviennent parfois, mais qui finissent par devenir des cibles et se font dégommer bien avant le sommet. Et tous ces trous du culs nés de rien s'imaginent que, parce
qu'ils gagnent ponctuellement dix fois le smic, ils peuvent aller jouer dans la cour des grands et chier sur le nez de leurs congénères. C'est dégueulasse et c'est très con, car les intérêts d'un
employé - quel qu'il soit - ne se confondront jamais avec ceux d'un capitaliste membre du conseil d'administration et actionnaire important de la boîte, c'est à dire déjà riche au delà des
espoirs de nos petites fiotes. Par pitié, ami lecteur, sache à quel monde tu appartiens, d'où tu viens, qui tu dois défendre. Car le jour où de nouveau on va couper quelques têtes pour redresser
la barre, on ne se contentera pas de tondre des putains et de donner des places de préfet aux collaborateurs. Une fois a suffit !